jeudi 14 août 2025

Cet été, la Loire.

 

Blancheur de l’été souverain

Au cours sablonneux de la Loire

Où tant de châteaux font mémoire

D’une loi d’or, d’ambre et d’airain.

L’eau de ce fleuve qui scintille

Remonte quelquefois le temps,

Ma plume d’encre en fait autant.

C’est en manière d’apostille

A la rose du Vendômois

Comme à certaine cheminée.

La Loire, à la mer destinée,

Va paresseuse et sans émoi ;

Avant que l’on arrive à Nantes

Il est Angers et Tours et Blois

Et Orléans de bon aloi,

Des noms dont la mémoire chante,

Me plaît, me séduit et m’enchante ;

Je ne vous dirai pas pourquoi.

Ma plume est comme l’eau si lente

Où les nuages alentis

En arabesques indolentes

Tiennent un semblable parti.

Pourtant les reflets paresseux

Se parent parfois d’étincelles

Et ces vers sont écrits pour celle

Dont semblablement font les yeux.

La Loire est ma longue patience,

Un amour que rien ne déçoit,

Ce serait de l’inconvenance

Que d’ajouter quoi que ce soit.


mardi 12 août 2025

En deux mots, le passé...

 

I.

 

C’est un air qu’on n’écoute plus

Ou c’est une chanson ancienne,

Des images qui vous reviennent,

Un monde enfui, des mots exclus.

 

C’est une sensation de vide,

Un présent sans utilité,

C’est aussi un sourire acide

Après tant de crédulités.

 

Au fil des places et des rues,

C’est le brouhaha familier

D’une vie au loin disparue,

C’est la mémoire d’un quartier.

 

C’est l’autrefois d’un paysage,

Les parfums d’une autre saison,

D’autres couleurs, d’autres nuages

Sur un souvenir d’horizon.

 

 

II.

 

C’est dans la pénombre romane

Les mélismes du grégorien,

Le fil serein d’un chant qui plane

Dessous une voûte romane,

Une sainte louange aux mânes

Dont les noms ne disent plus rien,

Contrepoint aux voûtes romanes

Des mélismes du grégorien.

 

C’est hier, un bon-point à l’école,

C’est un livre à peine illustré,

L’amande amère de la colle

Et hier un bon-point à l’école,

Trois mois d’une liberté folle

Avant qu’il vous faille rentrer

Pour juste un bon-point à l’école ;

C’est un livre à peine illustré.

 

Printemps, été, hiver, automne

D’un dix-huitième de tableau

Dont la beauté perdue étonne,

Printemps, été, hiver, automne

Et aussi ces vers qui résonnent

Doucement scandés comme il faut,

Printemps, été, hiver, automne

Et vont se perdre au fil de l’eau.

 

Avec un sentiment de perte

C’est, à la fin, cet aujourd’hui

Et c’est le passant que je suis

Marchant dans des villes désertes.

 


samedi 12 avril 2025

Un peu de magie ?

 

 

L'Irminsul aux saxons,

C'était un arbre monde,

Camelot aux bretons

Et quoi d'autre à la ronde ?

C'est un point d'interrogation.

 

Circé la magicienne,

Satan prince du mal,

La magie est ancienne,

J'ajoute, machinal,

Excalibur et Durandal.

 

C'est un peu l'alchimie 

De ce soir ennuyeux,

Un peu de fantaisie,

Et peut-être un vœu pieux

Au détour de ma rêverie.

 

Circé: magicienne à laquelle Ulysse sera affronté dans l'Odyssée.

Excalibur: épée magique du roi Arthur.

Durandal: l'épée de Roland qu'il cherchera à briser avant de succomber à Ronceveau 

 

 

mardi 11 mars 2025

Un tour de manège.


 Le monde tourne, tourne en rond,

C'est toujours le même manège,

Des tout petits aux cheveux blonds

Aux vieillards à barbe de neige.

 

Le ciel est bleu, le ciel est gris,

De la soie on passe à la boue,

On regarde tourner la roue

De la Fortune; on pleure, on rit.

 

Le manège tourne toujours

Au son de la même musique,

On vit, on meurt; chacun son tour,

Chacun  pareil, chacun unique,

 

De bien à mieux, de mal en pis,

Toujours la même trajectoire,

En majuscule c'est l'Histoire

Qui tourne, tourne sans répit.

 

jeudi 13 février 2025

Laronne.

 

Que de regrets aux soirs vides résonnent,

La peine aussi que l'on sent s'aggraver

Éperdument, pour n'être de personne 

Ni de soi-même, enfin le Beau-Trouvé.

L'hiver surtout, la nuit ouvre mes yeux

Sur l'obscur qui s'en vient et ce qu'il veut.

"Adieu", cette parole unique et sûre,

Pour l'homme cependant sonne si dure .

Je me promène en mon appartement,

Ces meubles savent tout -précieuse gloire-

De ce repaire et je n'ai pas d'Histoire

Si ce n'est celle, un jour, de mes parents. 

En vains tourments une vaine mémoire,

Laronne et qui se ment à n'en rien croire;

Je regarde le temps: où donc est celle

Que j'attendais dont je suis sans nouvelles ?

 

Note: "Beau-Trouvé" est le surnom de Lancelot du Lac dans les romans de la Table Ronde. 

 

 

mercredi 29 janvier 2025

Sonnet nocturne.


 Illustration créé avec Microsoft Designer IA.

Au milieu de la nuit je voudrais un sonnet,

Quatorze alexandrins en leur longue cadence,

Pour chanter un amour, dire ce que je pense

Ou rire d'autrefois à l'heure où tout se tait.


La rime des quatrains saute jusqu'aux tercets,

Le dernier vers conclue et sa pointe s'élance,

Le sonnet se termine et l'heure qui s'avance,

En s'étonnant un peu, rit de ce qui me plait.


Est-ce l'instant d'avoir ou bien celui d'attendre ?

Le moment de rêver ou celui de comprendre?

Et quelle est cette voix qui m'enjoint de dormir?


Sans doute la Raison, que l'heure tardive aide,

Elle m'a vu bayer et me fait souvenir

Qu'au sommeil qui s'annonce il faut que chacun cède.


Extrait de Sonnets épars - The Book Edition.

lundi 27 janvier 2025

En ce moment.

 

 


Je vous écris tout simplement 

Que les temps sont très difficiles

Pour les rêveurs et les amants,

Et les poètes inutiles.

Le rire et la légèreté

Ne sont plus des parades sûres

Et qu'il ne faut pas trop compter

Sur l'amour, cela se murmure.

Je ne porte pas de messages,

Je ne donne pas de leçons

Et je n'invente aucun adage;

Je ne porte pas de messages.

Je ne vous peins pas plus l'image

Du bon ou du mauvais garçon,

Je ne porte pas de messages,

Je ne donne pas de leçons.

Mes vers parlent d'heures vécues,

Sans que ce soit une mission,

Et racontent des choses vues

Dont je n'ai pas l'explication.

Je vous dis la vérité nue:

Beaucoup d'ennuis et que de murs;

Les temps sont durs ! 



dimanche 19 janvier 2025

L'image d'un chemin.

 


Que trouve-t-on ici ? L'image d'un chemin,

Les uns l'appellent "Hier" et les autres "Demain",

C'est vraiment très curieux car on n'y voit personne.

Le médite qui veut quant à moi j'abandonne.


La pierre sèche d'un muret

Trace une voie à petits traits

Dans l'odeur verte des prairies;

Ne faut-il pas que l'on sourie

Du grand boucage en bouquets blancs

Et de la luzule des champs,

Du bleu de roi des germandrées,

De la pourpre des centaurées

Qui dansent au vent doucement

Sans plus de "pourquoi ?" ni "comment ?"

Et d'un chemin qui n'ambitionne

De n'être qu'un ruban rugueux

Aussi terre à terre qu'il peut ?


Suivez un bon conseil: oubliez tout le reste

Et l'espérance autant que la chanson de geste !



Note: le grand boucage, la luzule, la germandrée et la centaurée sont des fleurs des champs.


vendredi 17 janvier 2025

Parler.

 
 

 

 Parlons de peu, parlons de rien,

Du vent, des nuages, des pierres,

Des chemins et de leur poussière,

Parlons de peu mais parlons bien.

 

Parlons d'amour et de tristesse,

De voyages, de souvenirs,

De joies sans doute et de désirs,

Parlons-en bien car le temps presse.

 

Parlons car le monde qui vient

Se moque des vers inutiles,

La vie et la mort sont futiles,

Parlons de peu, parlons de rien.


 

jeudi 16 janvier 2025

Un pays imaginaire.

 


C'est un jour qui n'existe pas

Dans un pays imaginaire;

C'est assez curieux mais là-bas

Je crois que je pourrais me plaire.


Un ciel de nuages bourrus,

Des bois frissonnant de flammèches

Flamboyantes où le vent prêche

L'Automne en tous sens parcouru.


Là-bas ondulent des collines

Où l'herbe folle pousse dru,

De-ci, de-là, le long d'un rû,

Un chemin changeant se dessine...

 

A l'heure des rêves reclus

La chaleur de l'âtre s'impose

Où somnolent, entre autres choses,

Beaucoup de celles qui m'ont plu.

 

Ce que les yeux embrassent

Dit l'étape et le voyageur, 

L'errance autant que la ferveur

Et qu'au moins là-bas j'ai ma place


jeudi 9 janvier 2025

L'après-noël.

 

C'est sa dernière nuit, le sapin s'illumine,

Son feuillage a l'odeur de mes Noëls anciens

-Combien sont-ils qu'à l'oubli je destine ?-

On le défait demain. Il n'en restera rien.


Un moment de douceur et de mélancolie

Dont je profite seul; je sais qu'il se fait tard

Mais demain changeant tout, veiller qui s'en soucie ?

Ce qui compte pour moi tient dans un seul regard:


Le cuivre ou le safran ou l'or des verreries,

Scintillants ornements d'un sapin défraichi,

Dernière enluminure -il en est enrichi-

D'un livre nommé Hier et Mille Fantaisies.


Une heure calme aux fantômes d'enfants

Devant d'autres sapins; belles images...

L'enfant qui rit et qui me dévisage,

Je le connais. Je le vis bien souvent.


La même joie est un peu notre mère;

Petit ami, viens me donner la main,

Admirons tous les deux notre sapin

Et, souriants, oublions l'éphémère.


mardi 7 janvier 2025

Trois flocons.

 

Trois flocons par ci, trois flocons par là,

Encore l'hiver, toujours et déjà.


L'hiver les nuits ont un manteau d'hermine

Sous un capuchon noir fait d'astrakan,

Elles s'en vont toujours hautaines quant

Au maintien, la prestance et la mine.


Trois flocons par ci, trois flocons par là,

Encore l'hiver, toujours et déjà.

 

Elles s'en vont en longue procession,

Au pas guindé d'une allure tranquille,

En exhibant des bijoux qui rutilent 

Et de givre et de gel et d'ambition.


Trois flocons par ci, trois flocons par là,

Encore l'hiver, toujours et déjà.

 

Elles s'en vont, figures solennelles,

Aux traits figés, au pouvoir silencieux,

Prendre enfin possession du moindre lieu,

De la grand-place à l'étroite ruelle.


Trois flocons par ci, trois flocons par là,

Encore l'hiver, toujours et déjà.

 

Et les maisons sous leurs bonnets pentus,

En se pelotonnant comme elles peuvent, 

Pauvres et maintenant tristes et veuves

Craignent de vivre en ce monde inconnu.


Trois flocons par ci, trois flocons par là,

Encore l'hiver, toujours et déjà.

 

vendredi 20 décembre 2024

L'herbier.

 



Herbier de fleurs cueillies

Hier sans penser à rien...

Une photo vieillie

Et le passé revient.


Cette ville perdue

A pour nom "Nostalgie".

J'ai marché dans ses rues;

Tout change. C'est la vie.


On sait ce qu'il en est,

Mieux vaut qu'on en sourie.

J'y marche encore en paix

Sans que nul s'en soucie;

Cette ville perdue

A pour nom "Nostalgie."


dimanche 15 décembre 2024

Renouveau.


 

Revenons à nos vieux chemins

Qui cheminent leur insouciance

Pour s'en aller sans impatience

Glaner de vagues lendemains.

 

Redressons à nouveau la tête

Pour examiner l'horizon,

Vieille habitude aux jours de fête;

Nous en payerons la rançon.

 

Il est possible que l'on s'use

Autant et plus que ses souliers,

Qu'importe ! Et puis je m'en amuse,

Je vais sans me faire prier.

 

On sourira de ces images

Des mots trop souvent formulés

Qui me berceront au passage

Jusqu'où, pourtant, je veux aller.

 

Ne pensez pas "pèlerinage "

Où, moi, j'écrirais "renouveau",

Ou tournons chacun une page

En sens contraire s'il le faut.


jeudi 12 décembre 2024

Le thé de cinq heures.


 

Décembre où les jours flétris rapetissent

Jusqu'à faner déjà l'après-midi

Avant même que la pendule ait dit

Cinq heures ! S'il vous plaît, qu'on en finisse !


Je noie au fond d'une tasse de thé,

Dieu sait pourquoi à moitié refroidie,

Le pain amer de la mélancolie

Que j'ai saupoudré de contrariétés,


De confusion comme de mésententes,

D'ennui, d'incidents variés et d'attente,

Assaisonnés d'une once de colère

Pour que cela me tienne un peu au corps:

Je fais avec la saison et le sort;

Trop peu ? D'accord mais la vie est si chère !


Je lève haut ma tasse, à la santé

Des jours meilleurs, des phacochères,

Des pucerons, pas de mes congénères,

Et de l'Hiver qui s'en va débuter

Avec, c'est cela seul à quoi je songe,

Des jours tristes c'est vrai, mais qui rallongent !


mardi 10 décembre 2024

Les yeux ouverts.


 Il faut garder les yeux ouverts

La nuit à cause des visages

Qu'on voit défiler au revers

De ses yeux clos comme les pages

D'un livre qu'on vous a prêté.

Vous demandez ce qu'il raconte?

Oh, c'est la vie de personnages

Dans un monde mal fréquenté

Et comme, soit dit au passage,

Vous les connaissez bien et lui aussi,

On vous souhaite l'insomnie

Dont vous rêvez dans votre lit

Et dès demain une autre vie.


Plus de lumières dans la rue,

Les éclairages sont éteints,

Ni mémoire, ni plume émues;

Comment veiller jusqu'au matin ?

Ce portrait-là c'est mon enfance...

Surtout ne fermez pas les yeux !

Celui-là, cet amour immense...

Mais quelle voix poursuit et raille:

"Un feu, un feu,

Oui, mais un feu de paille!"

Ne fermez pas les yeux...


lundi 9 décembre 2024

Sous vos souliers.


 Quand on se promène chez soi

En marchant au hasard des rues,

On sent, le plus souvent ténue,

Mais plus intense quelquefois,

Une vibration d'un moment.

Devant telle porte ou façade,

Tel jardin désert et maussade,

Telle échoppe ou tel monument

Comme si, dessous vos souliers,

S'éveillaient vagues, incertaines,

Deux ou trois notes très lointaines

D'un air avant si familier.

Vous ne trouvez plus ses paroles,

Il vous en manque des morceaux,

Bien des fois, ce qui vous désole,

C'est un nom qui vous fait défaut

Et derrière lui ce visage,

Une émotion et des images...

samedi 7 décembre 2024

Révélation.

 

La ville en hiver se révèle

Succession de grands murs en pierre

Et mouettes à tire d'aile.

La ville en hiver se révèle


Les corbeaux qui parfois s'en mêlent

Vous font penser aux cimetières.

La ville en hiver se révèle.

 

Ici ce sont de simples stèles,

Là des chapelles funéraires;

Certaines vous sont familières

Mais les autres qui s'en rappelle ?


La ville en hiver se révèle

Succession de grands murs en pierre.