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jeudi 20 août 2026

Contes nocturnes.

 

 

Quand la nuit se morfond elle parle à la nuit,

Parfois le ciel est noir, parfois la lune luit,

Je ne comprends pas tout ce qu’elle se raconte,

Je m’y perds quelquefois et je n’en ai point honte ;

Ses contes, bien souvent, sont à dormir debout

Mais encore une fois : je ne comprends pas tout.

Elle racontait hier une histoire de pierre

Dressée anciennement et couverte de lierre

Qu’on voit se transformer au solstice d’été

En princesse et courir le pays déserté

Sur les chemins perdus qui vont battre la lande

De vent, d’embruns, de sel, de genêts et de brande.

Une princesse hautaine au regard dur et froid

Qui toise l’horizon et cherche on ne sait quoi.

Ses yeux sont couleur d’océan, sa chevelure,

Et lourde et longue, a la couleur des moissons mûres.

Elle est très belle et je n’ai pas compris son nom

Ni quel est le péché qui lui vaut sa prison.

Elle n’est pas, c’est sûr, de celles-là qui cousent ;

La nuit en en parlant m’a semblé bien jalouse…

Cette nuit qui s’ennuie et trompe son ennui

En contant – c’était hier, pas un mot aujourd’hui –

Pour se passer le temps de curieuses histoires

Auxquelles je sens bien qu’il vaut mieux ne pas croire.

 

jeudi 30 juillet 2026

Sur le pas de ma porte.

 

Sur le pas de ma porte une première étoile ;

Il passe une chauve-souris.

Sur l’horizon diffus où la lune se voile

Quelque chose évoque le gris.

Au fond de Brocéliande à quoi pense Morgane

Ou dessus son île, Circé ?

Le divaguant poète a repris sa peau d’âne,

Disparaître n’est pas assez.

 

Sur le pas de ma porte une étoile seconde,

Le ciel fait encor son métier.

L’éternité ne dure au mieux qu’une seconde,

Le temps qu’il faut pour l’oublier.

Et vous et moi, je crois, pensons la même chose,

Soupirs, bagatelles d’été,

Qui ne servent jamais qu’à bien prendre la pose ;

Heureux qui s’en laisse conter.

 


 

mercredi 17 juin 2026

Mes soucis.

 

De petits cornus de soucis,

Le visage fripé, jaunâtre,

Dansent et font le diable à quatre

M’assaillant jusque dans mon lit.

 

Les heures de la nuit s’écoulent

Sans que je parvienne à dormir,

L’un vient geindre, l’autre gémir :

Je les compte, ils sont une foule.

 

Que puis-je y faire ? Et bien des vers

Qui tourneront en ridicule

Ces sales petites crapules

Qui m’ont mis la tête à l’envers.

 

Regardez-les, boiteux, bancroches,

Hideux, difformes et bossus !

Regardez ces nains mal fichus

Que je vais mettre dans ma poche

Avec mon mouchoir par-dessus !

 


 

vendredi 12 juin 2026

Maintenant la nuit.

 


 

Dernier instant du jour au travers des vieux chênes,

C’est un soir silencieux au bord d’un chemin gris

Où, la main dans la main, nos ombres se promènent

Comme je me souviens l’avoir un jour écrit.

 

Si je rêvais alors ce rêve a survécu,

Alors qu’au fil des ans tous les autres s’effacent

Il demeure inchangé - dois-je dire invaincu ? –

L’amour se moque bien du temps et de l’espace.

 

Vous êtes pour toujours l’horizon de ces mots

Que j’écrivais alors dans l’une ou l’autre lettre ;

C’est le jardin, le parc, l’ancien ou le nouveau,

Ce que nous désirions sans pouvoir le promettre.

 

Dites-moi donc pourquoi j’en parle en solitaire,

Pourquoi faut-il que hier s’étonne d’aujourd’hui ?

Le silence et la paix ont l’odeur de la terre

Et que dire de plus ? Il fait maintenant nuit.