samedi 29 août 2026

L'heure de l'ombre.

 


I.

 

Qu’est-ce que sont trois petits mots

Au milieu des grandes affaires ?

Venus trop tard, venus trop tôt

Qu’est-ce que sont trois petits mots ?

 

Des vers qu’est-ce que cela vaut

En temps de misère ou de guerre ?

Qu’est-ce que sont trois petits mots

Au milieu des grandes affaires ?

 

II.

 

Parler des beautés de l’automne

Ou des émotions de l’amour,

Est-ce le moment quand il tonne ?

Parler des beautés de l’automne…

 

C’est parler en l’air, à personne,

C’est le plus oiseux des discours,

Parler des beautés de l’automne

Ou des émotions de l’amour.

 

III.

 

Et je dis pourtant un regard

Et je dis pourtant un sourire,

Toujours le même, un peu trop tard,

En septembre où je veux décrire

La beauté prenante des ors

Sur les cieux gris invraisemblables

De leur mélancolie encor

Et toujours pourtant désirable

Puisqu’elle me parle de toi

Comme de nous… mais autrefois.

 

A l’heure où l’ombre nous habille,

Trois petits mots qui s’éparpillent.

 

jeudi 20 août 2026

Contes nocturnes.

 

 

Quand la nuit se morfond elle parle à la nuit,

Parfois le ciel est noir, parfois la lune luit,

Je ne comprends pas tout ce qu’elle se raconte,

Je m’y perds quelquefois et je n’en ai point honte ;

Ses contes, bien souvent, sont à dormir debout

Mais encore une fois : je ne comprends pas tout.

Elle racontait hier une histoire de pierre

Dressée anciennement et couverte de lierre

Qu’on voit se transformer au solstice d’été

En princesse et courir le pays déserté

Sur les chemins perdus qui vont battre la lande

De vent, d’embruns, de sel, de genêts et de brande.

Une princesse hautaine au regard dur et froid

Qui toise l’horizon et cherche on ne sait quoi.

Ses yeux sont couleur d’océan, sa chevelure,

Et lourde et longue, a la couleur des moissons mûres.

Elle est très belle et je n’ai pas compris son nom

Ni quel est le péché qui lui vaut sa prison.

Elle n’est pas, c’est sûr, de celles-là qui cousent ;

La nuit en en parlant m’a semblé bien jalouse…

Cette nuit qui s’ennuie et trompe son ennui

En contant – c’était hier, pas un mot aujourd’hui –

Pour se passer le temps de curieuses histoires

Auxquelles je sens bien qu’il vaut mieux ne pas croire.

 

dimanche 16 août 2026

Un pont si loin.

 

 

« Passerez-vous le pont ? » disais-je,

Dans un poème d’autrefois ;

Le pont, trop vieux, se désagrège

Et vous ne ferez plus ce choix.

 

Je suis resté sur cette rive

A vous attendre bien longtemps.

L’espérance était excessive,

Je n’en regrette rien pourtant.

 

Ce soir, au bord de la rivière

Je sais qu’il faut vous dire adieu.

Que reste-t-il du pont de pierre ?

Des souvenirs et un vœu pieux.

 

Voici quelques vers que j’ajoute

Aux précédents. J’ai le cœur lourd

De m’en aller seul sur la route

Que j’avais prise par amour.

 

J’ai le cœur lourd de vos sourires

Et d’une tendresse avortée,

Et, non, je ne sais rien de pire,

Rien qui n’ait autant de portée

Que l’ultime renoncement

Lorsque l’on aime tellement.