Sur mon chemin tombe la neige
Dont les mystères impunis,
Aux bois en l’hiver démunis,
Donnent parure et sortilèges.
La tour en ruine du château
D’un chevalier-brigand pendu
Par le bailli de Haguenau
Est un refuge malvenu
Mais c’est un refuge quand-même
Alors que le jour gris décline.
Dans le vent glacial qui se lève
Est-ce une plainte qu’on devine ?
Ces lieux, dit-on, ne sont pas sûrs,
La route ignore les calvaires…
La ville est loin, que puis-je faire ?
Au moins à l’abri de ces murs
J’essaierai d’allumer un feu
Et pour me rassurer un peu
Je chanterai -mais pas trop fort-
Car je suis un minnesänger,
En France on dirait un « trouvère ».
« En l’hiver quinze cent est mort
Un musicien en ce lieu-ci,
Le cou, comme son luth, brisé,
Priez pour lui vous qui passez. »
Voilà ce que l’on trouve écrit
En ancien gothique allemand,
Mais qu’on lit encor maintenant
Sur une stèle de gré rose
Qui dans cette ruine repose
Tout près d’un chemin forestier.
Au cours d’une balade à pied,
Un jour très froid d’un hiver gris,
J'ai pu lire ce qu’elle dit.
Interrogés, les gens du cru
Ne m’en ont guère plus appris
Ou je ne les ai pas trop crus...


