I.
C’est un air qu’on n’écoute plus
Ou c’est une chanson ancienne,
Des images qui vous reviennent,
Un monde enfui, des mots exclus.
C’est une sensation de vide,
Un présent sans utilité,
C’est aussi un sourire acide
Après tant de crédulités.
Au fil des places et des rues,
C’est le brouhaha familier
D’une vie au loin disparue,
C’est la mémoire d’un quartier.
C’est l’autrefois d’un paysage,
Les parfums d’une autre saison,
D’autres couleurs, d’autres nuages
Sur un souvenir d’horizon.
II.
C’est dans la pénombre romane
Le fil serein d’un chant qui plane
Dessous une voûte romane,
Une sainte louange aux mânes
Dont les noms ne disent plus rien,
Contrepoint aux voûtes romanes
Des mélismes du grégorien.
C’est hier, un bon-point à l’école,
C’est un livre à peine illustré,
L’amande amère de la colle
Et hier un bon-point à l’école,
Trois mois d’une liberté folle
Avant qu’il vous faille rentrer
Pour juste un bon-point à l’école ;
C’est un livre à peine illustré.
Printemps, été, hiver, automne
D’un dix-huitième de tableau
Dont la beauté perdue étonne,
Printemps, été, hiver, automne
Et aussi ces vers qui résonnent
Doucement scandés comme il faut,
Printemps, été, hiver, automne
Et vont se perdre au fil de l’eau.
Avec un sentiment de perte
C’est, à la fin, cet aujourd’hui
Et c’est le passant que je suis
Marchant dans des villes désertes.