jeudi 12 octobre 2017

Nous.




Qu’allons-nous dire du présent ?
Qu’il est bien le même en tous temps.
Il est des pauvres et des riches,
Des hommes droits d’autres qui trichent,
Des sages et des bienfaiteurs,
Des faux, des fourbes, des voleurs,
Des fous, des sots, des politiques,
Des amuseurs et des critiques,
Des courageux et des héros,
Des orgueilleux et des escrocs,
Des mous, des blets et des rigides,
Des violents et des insipides.
Des communs que partout l’on voit,
Ainsi que vous, ainsi que moi,
Qui supportons le faix du monde
En naviguant au fil de l’onde,
Par beau comme par mauvais temps
Que nous soyons ou non contents.
Mais de nous et de notre vie
Dites-moi donc qui s’en soucie ?
Ne sommes-nous pas ceux qu’il faut
Depuis toujours payer de mots ?

                ***

mercredi 11 octobre 2017

Dans l'avenir.




Ce qui s’en va s’écroule,
Ce qui revient construit
Et sur le chemin roule
Et sur le chemin fuit,
Comme autrefois, le temps.

Dis au clocher qui sonne
Que j’ai suivi le vent
Et que voici l’automne,
Mon cœur n’est plus au chant
Mais il est à la peine,
Ce qui va m’attachant
Me déchire et m’emmène.

Viendront des jours en Mai,
Chatoyants de lumière
Qui fleuriront en paix
Sur des ans de poussière
Alors  enfin ce vers
Changera de cadence
Pour des soirs moins amers
Et des matins de danse.

                               ***        

lundi 9 octobre 2017

Les vieux murs.




Partout les vieux murs qui parlent tout bas
Ne peuvent, c’est curieux, se faire entendre
Que des vieillards à cannes et cabas
Qui, par ailleurs, doivent sans cesse tendre
L’oreille à ce que le monde leur veut.

Les gens âgés sourient à ces murmures
De souvenirs qui sont plus âgés qu’eux,
Eux que souvent la solitude mure
Dans un silence à jamais sans aveux.

Désaffecté, c’est un clocher sans cloches,
Une maison, un parc à l’abandon,
Un toit crevé que le regard accroche,
Des rails rouillés qui traversent un pont.

Petites choses de toujours, loin de la gloire,
Quelques rumeurs qui trainent par ici,
La Grande Histoire, non, mais « des » histoires
Et puis des noms qui reviennent aussi.

Semblable et différent, un paysage,
Anecdotes, on-dit, mais si lointains,
Annales d’autrefois, vieilles images,
Bribes du temps d’un pays qui s’éteint.

Vous qui passez en courant votre jeunesse,
Vous l’ignorez et vous n’en saurez rien
Avant que vos cheveux, à l’image des miens,
Ne soient d’argent et qu’en votre vieillesse
Me relisant, peut-être avec tendresse,
Vous vous disiez aussi : « Je me souviens. »

                               ***


vendredi 6 octobre 2017

Pauvret.





Tu ne sais pas chanter l’amour,
Pauvret, quand tant d’autres le savent ?!
Sais-tu du moins quelque autre tour ?
Tu ne sais pas chanter l’amour.

Ton cas, je trouve, est des plus graves
Car comment feras-tu la cour ?
Je ne te crois pas assez brave
Pour t’en passer et couper court ;
Tachons de lever ces entraves !

Sache alléger un vers trop lourd,
Compose le tantôt plus grave
Et tantôt bien plus léger pour
Ne pas apparaître l’esclave
De quelque serment sans retour
Que la grandiloquence aggrave.

Pour un bon vers cent seront  gourds,
Choisis et le reste à la cave !
Là, tu sauras chanter l’amour
Aussi bien que les autres savent.

                               ***

mercredi 4 octobre 2017

Présage ?



(Le Scharrachberg - Alsace.)
Qui ne sent en son corps
Venir les jours d’Automne ?
En parlerai-je encor :
Qui ne sent en son corps ?

A l’heure où la vigne s’endort,
Où la campagne s’abandonne,
Bercée d’une lumière d’or,
J’entends comme un glas qui résonne
Mais qui dit « glas » parle de mort
Et de ce que l’on abandonne…

Me donnerez-vous tort
Pour l’écho que j’en donne ?
Qui ne sent en son corps
Venir les jours d’Automne ?

                               ***

dimanche 1 octobre 2017

Le train du crépuscule.



(Cité du Train - Mulhouse - Alsace.)

En quittant le quai de la gare
Ce train fait plus que l’emmener
Et la peine qui s’en empare
Redit le mot « abandonner ».

Oui, cette ville qui s’efface
Et ce paysage qui fuit
Vont sans laisser aucune trace
S’abolir dans l’instant qui suit.

Nos habitudes sont mortelles
Et nos points de repère aussi,
Nos certitudes naissent telles
Qu’elles n’ont de valeur « qu’ici ».

Quant à ce train du crépuscule,
On ne choisit pas d’y monter
A cette heure où le jour bascule
Avec lui dans l’obscurité.

                               ***