jeudi 12 mars 2015

Le Vieux Tableau.






Et l’on croit voir, à de certaines fois,
Un de ces vieux tableaux, sous la livrée
Du temps, couleur de poussière et de poix,
Vous découvrant une grâce ignorée
Au hasard imprévu d’un éclairage
Inattendu qui vient la dévoiler.
Quelle tristesse alors et quelle rage
Devant ce rêve un instant révélé
Qu’on n’a pas su saisir, faiblesse étrange,
Ou pas su rattraper à son réveil.
Ce regard sombre où le désir s’effrange
Et qu’éclairait un sourire vermeil,
Promesse de l’instant qui règne en maître
Et meurt de même, esclave de l’instant,
Promesse pour autant d’où pouvait naître
Ce qui surpasse et abolit le temps.

                         ***

mardi 3 mars 2015

Marcheurs.







C’est la perplexité des routes ignorées
Ou le sourire en coin d’un vieux chemin menteur,
Une sente des bois d’ornières décorée,
Un layon montagnard aux lacets contempteurs.
Ils disent l’horizon et ne vont nulle part,
Faux-semblants de destin, faux espoirs, fausses routes,
Fausses destinations que nul n’atteint
Et fausses directions qui sans fin se rajoutent.
Et nous voilà marcheurs, marchant avec allure,
Très jeunes, très contents, sans poser de questions,
Tout du moins au début de l’étrange aventure
Dont la mort un beau jour tire les conclusions.

                           ***

dimanche 1 mars 2015

VENCE 73.







Pour la troisième fois, le destin complaisant
Me ramène au milieu du vaste paysage
Où la montagne va jusqu’au bord du rivage
Enchâsser de ses bras la mer au dos luisant.

Après plus de huit mois d’un travail épuisant,
Où j’ai voulu poursuivre, avec quelle âpre rage,
Un succès glorieux et prouver mon courage,
Je vais enfin goûter un repos séduisant.

Les pins et les cyprès et  le vert des  agaves
Vont me faire oublier ce quotidien d’entraves
Sous le ciel toujours gris que j’ai trop longtemps vu.

Et j’aurai tout loisir, sacrifiant à ma Muse
De rêver quelquefois d’un amour imprévu
Car rimer et rêver c’est là ce qui m’amuse.

                                *** 

 (Extrait de: "VENCE 73". Oeuvre de jeunesse.)

mercredi 18 février 2015

Le Promeneur.






Je suis le promeneur au bord de la rivière
Qui coule vers la mer et qui s’enfuit sans fin,
Symbole de nos jours, figure du destin,
Voici mon espérance et voici ma prière :

La fraîcheur du silence aux lisières d’un bois,
Un long jour à venir dans un été paisible
Et dans l’ombre légère une brise insensible
Qui va je ne sais où dire je ne sais quoi

Et peut-être plus loin, murmure sur les pierres,
Le flot bruissant qui passe et poursuit son chemin,
Vagabond insouciant du proche lendemain
Qui veut emplir d’amour son âme toute entière.

                           ***






mardi 17 février 2015

La Vieillesse de LELIO.

(Lélio est le personnage de l'amoureux dans la comedia dell'arte)




Dans la grisaille froide, au fond d'un soir d'hiver,
Je songe quelquefois, non sans mélancolie,
Au crépuscule clair des étés d'Italie,
Aux jardins embaumés, aux cyprès toujours verts.

La terrasse de marbre ouvrait sur l'univers...
Je me rappelle encore, en cette allée suivie,
Le murmure discret des fontaines ravies,
Cette lune d'argent et notre ombre au revers...

Alors, j'étais heureux et croyais en demain
Et puis le malheur vînt. J'ai bu jusqu'à la lie
La coupe très amère offerte à chaque humain.

Le rêve maintenant n'allège plus mes nuits,
L'âge alourdit ma charge et ma volonté plie
Et je crains que demain n'augmente mes ennuis.

                             ***



jeudi 12 février 2015

Brouillard.





Sur de vagues trottoirs qu'aucune aube n'irise,
Avec leurs reflets gris passent des ombres grises;
L'air est humide et froid et la ville est maussade
De la pointe des toits jusqu'au pied des façades.

Du parapet d'un pont que la mousse a verdi,
Je regarde immobile, ou peut-être enraidi,
Le ciel bas et couvert, tristement uniforme
D'un jour de février tout à fait dans la norme.

Les arbres dépouillés inclinent leurs troncs noirs
Sur les vieux bancs des quais où nul ne vient s'asseoir
Et la berge déserte au bord de la rivière
Cerne une eau qui s'enfuit boueuse et casanière,

Vers un horizon triste et toujours indistinct
Où son flot s'éloignant, indifférent s'éteint
Comme s'éteignent là - c'est du moins leur envie -
Mélancoliquement, les couleurs de la vie.

                        ***

dimanche 8 février 2015

Crépuscule d'hiver.





Crépuscule d'hiver,
Heure de larmes roses
Que le vent froid dépose
Au bord du cuivre vert
Du dôme d'une église
Et de murs en toits gris,
La tuile ou le crépi,
Couleur de toile bise,
Couleur de brique sale
Ou couleur d'ocre ancien
S'adoucit et devient
Sous le bleu d'un ciel pâle
Comme un décor léger
De vague cornaline,
De mauve et de violine
Où la nuit va loger.

          ***




mercredi 4 février 2015

Pastiche à deviner.





Ils font au bout de l'allée,
Dans la lumière voilée,
Une cour bien sibylline
A l'heure où le jour décline.

Tircis se penche et murmure
Quelque aveu sous la ramure,
Rêveuse, Chloé soupire
De cette ombre qui l'inspire.

Et Léandre qui chantonne,
S'il charme autant qu'il étonne,
Recevra peut-être en gage
Un cœur tout aussi volage.

Pour accompagner sa joie,
Aminte en robe de soie,
Effleure sa mandoline
D'une caresse divine.

Doux et triste dans la brise,
Un parfum passe et les grise,
Sur la note qui s'achève
La nuit tombe et l'on se lève.

           ***