dimanche 28 février 2016

Constatez...







De sa fuite, le temps ne se contente pas,
Il faut qu’il change tout et qu’après son passage
Il ne reste plus rien, non, pas même l’image
Des lieux où nos amours ont fait leurs premiers pas.

Rien ne reste constant, rien ne dure ici-bas,
Le toit de nos parents comme nos paysages,
Même le souvenir nous trahit avec l’âge
Et l’espoir qui jadis nous prenait par le bras !

Ayant compris, je confie à ma plume
Le soin de dévoiler, d’arracher à la brume
Qui monte, le meilleur de ces jours d’autrefois :

La tranquille douceur et la calme insouciance
Et l’émerveillement et les premiers émois,
L’impossible pour but et le rêve pour science.

                             ***


samedi 27 février 2016

La Chanson des Ruisseaux d'Automne.






Après l’été d’un dernier mois
S’exhalent des senteurs humides
De vase et d’eau douce que ride
La pluie en traversant les bois.
Tombent les gouttes monotones,
La chanson des ruisseaux grandit,
Savez-vous ce qu’elle chantonne,
Ce qu’aux rochers la mousse dit ?

« Juin rencontre et Juillet séduit,
Le plaisir se prend et se donne,
Puis Août à Septembre conduit,
Octobre ou Novembre abandonne.
Telle est la règle, je le crains,
D’or déclinant, de jaune pâle,
De vermillon, d’ambre, d’opale,
Qu’importe le plus bel écrin ?
Toute fin est couleur du sort,
Teinte de pluie et de brouillard,
De ciel d’Hiver et de bois mort »…

Et voilà ce que, babillards,
L’étang et le ruisseau chantonnent,
Obstinément et sans émoi,
Au gré d’une averse d’Automne,
Après l’été d’un dernier mois.

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vendredi 26 février 2016

Amours Vénitiennes.



 

Du quai des Esclavons où dansent les gondoles,
Sous ce vent de tempête où les embruns s’envolent
C’est ton nom que j’épelle et que j’égrène en vain
Au pied du marbre blanc de ces palais hautains.

Mais tu ne l’entends pas et Venise se moque,
Maîtresse d’outre-temps, des amours que j’évoque,
Tous ces mots ne sont rien sous le ciel gris de fer
Qu’un murmure inutile au bruit sourd de la mer,

Et demain, Mardi-Gras, dans les fastes baroques
De la fête d’antan, il faudra que je troque
Mon regard de tristesse et mon cœur impatient
Contre un éclat de rire et ce rêve insouciant.

Je ne te verrai pas, marquise ou courtisane,
Sous la voûte aux échos d’amoureuses arcanes
D’une noble demeure, un soir sans lendemain,
M’adresser tout au moins un signe de la main.

Et ce que je désire et tout ce que j’espère,
Ce que je tiens de toi, tout ce que je révère,
Je le murmure encore au quai des Esclavons  
Quand minuit s’en revient et que les gens s’en vont…

                             ***





jeudi 25 février 2016

Nuit Blanche.






Nuit blanche avec comme tribune
Le bourg sous les nuages noirs
Qui posent comme un éteignoir
Sur la chandelle de la lune ;
Le bourg des fantômes absents,
Aux longues ruelles désertes,
Ses murs en enfilade à perte
De vue et moi le seul passant
Qui voudrait savoir comme on passe
Des bords du fleuve éteint des nuits
Aux sources d’où fut éconduit
Le vieil Adam que l’Ange chasse
Dans un coin sombre du tympan
De notre église paroissiale.
Qui sait où la « robe nuptiale »,
Que je voudrais revêtir, pend ?
Aussi  je tisse pas à pas,
Dans la nuit noire où tout sommeille,
La nuit blanche de ceux qui veillent,
Gueux et poètes d’ici-bas.

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mercredi 24 février 2016

Place du Marché.






Sur la grand-place, orgueil d’une petite ville,
Où l’hiver pâle du soleil bat le pavé,
Siècle après siècle un même quotidien défile,
Rien ne semble à venir et rien n’est arrivé.

Au marché, pour les courses,
On échange trois mots,
Porte-monnaie ou bourse,
Anciens francs ou nouveaux,
Livres tournois, euros
Qu’importe à l’ail des ourses,
La Bintje ou le poireau ?

Quant aux grandes nouvelles
D’un petit monde clos,
Qu’on parle de pucelles
Ou bien de damoiseaux,
De filles, demoiselles,
Chauds lapins ou puceaux,
On apprend, on révèle
La même ritournelle.

Qu’on l’appelle « échevin »
Ou qu’on l’appelle  « maire »,
La rumeur ordinaire
Parle de pots de vin,
« D’influences », « d’affaires »
Et chacun et chacune
Devant cette « misère »
Se fait juge ou devin.

Ainsi s’en vont les jours, des jours vaille que vaille,
Semblables, sans façon, inchangés, incomptés,
Sur les pavés usés de toutes les cités
Où l’Histoire s’endort comme les murs s’écaillent.

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