vendredi 12 mai 2017

Un Bon Moment.



(Strasbourg.)
Dans mon esprit, le soir, roulent mille pensées,
Ces riens insignifiants des semaines passées,
Le flux et le reflux et l’écume des jours,
Une brève colère, un regret de retour,
Un succès éphémère, une occasion perdue,
Parmi les frustrations, une joie ambigüe,
Au milieu des soucis, sur un visage un nom,
Pour la même raison, sur beaucoup d’autres, non,
Et pour finir enfin l’ébauche d’un sourire…
Je songe à tout cela dans un désordre pire
Que celui que j’entasse au fond de mes tiroirs,
Et dont je suis heureux qu’on ne puisse le voir,
Le vague et l’important sans cesse s’y mélangent
En une rêverie à tout le moins étrange,
Inutile c’est sûr, sotte certainement,
Mais qui me fait passer un excellent moment.

                               ***

lundi 8 mai 2017

Chanson pour les Ephémères.



(Sully-sur-Loire.)

Refrain des nuits solitaires et grises
Lorsque la rumeur du quartier s’éteint
Et que des ombres indécises
Prennent possession des jardins,

Refrain syncopé des pensées
Qui vagabondent en chemin
Sur les trois notes cadencées
D’une chanson redite en vain.

Façades, balcons monotones,
Qu’importe aujourd’hui vos secrets ?
Ils n’intéressent plus personne,
Nul ne leur trouve plus d’attraits.

Dans le halo d’un lampadaire
On voit danser le tourbillon
De ces insectes éphémères
Pour qui j’écris cette chanson,

Ces quelques lignes anodines,
Plus éphémères qu’ils ne sont,
Sorte d’ariette citadine
Pour rien ou si peu, mais passons ;

Une chanson de compagnie
Dont la nuit reprend le refrain,
Reflets éteints des fenêtres ternies
Aux carrefours que l’ombre étreint…

                               ***

dimanche 7 mai 2017

Les Noms.





Des noms défilent un à un
Et plus que ces noms des images
De bourgs, de champs et de villages
-Mémoire d’un plaisir défunt-
Des villes et des paysages
Que j’ai depuis longtemps quittés ;
Un grand soleil de liberté,
Quelquefois l’ombre d’un nuage,
L’ensemble toujours incomplet
De tant de merveilleux voyages
Qu’au fil des mots, qu’au fil des pages,
J’évoque encore avec regret.
Tout refrain n’est que se passage,
Que l’aîné l’apprenne au cadet,
Comme à la chanson ses couplets
Ainsi se succèdent les âges.

                               ***

samedi 6 mai 2017

Fantaisie Nouvelle.



(Carnaval de Bâle - Suisse - 2008.)
Louez Saint Bole avec Saint Plet
Qui sont les grands saints à la mode,
Chacun aura ce qu’il voulait :
Louez Saint Bole avec Saint Plet

Quant à Saint Ture, il apparaît
Qu’il serait, lui, aux antipodes,
Pour Saint Cère, qui ne le sait,
C’est un Saint beaucoup moins commode ;
Louez Saint Bole avec Saint Plet
Qui sont les grands saints à la mode.

                      ***

vendredi 5 mai 2017

La Chanson du Baladin.


(Château de Sully-sur-Loire - Le donjon.)
Pensez-vous qu’à vivre en rimes
On devienne bien sérieux ?
« Non » dit la foule unanime
Et je ne dirais pas mieux.

Mon satin, mon or, ma joie
Sont tissés des courants d’air
Dont ma bouche est la grand-voie
Et dont ma plume se sert.

La plume fait la volaille
Et le mot pour ce qu’il vaut
Vous offre ce lit de paille
Dont nul bourgeois n’est dévot.

Les poètes sur la terre
Ont plus souvent bu de l’eau
Que du bon vin à grands verres
Et bien mangé, tant s’en faut.

Rutebeuf, François Villon
Comme le pauvre Jodelle,
Pourrait vous en dire long ;
Voyez que la vie est belle,

Magnanime le Destin,
Obligeante la Fortune,
Jusqu’à la fosse commune
Pour le pauvre baladin.

                               ***        


mercredi 3 mai 2017

Galimatias de Saison.



(Parc du château de Rivau - Touraine.)


Au temps du dieu Protée[1],
Au vieux temps des chimères,
De la chèvre Amalthée[2]
Et de la Grande Mère[3],
Le vrai disait le faux
Et le faux plaisait tant
Que pour vrai par défaut
On l’acceptait content.
Les jours et les années
Et les dieux et les gens,
Les vérités données
Et les faux contingents
Sont aujourd’hui changés
Car le poids du trop vrai
Nous laisse envisager
Du mensonge l’attrait ;
Naïveté, faconde,
Ont un double visage
Du présent de ce monde
Au passé d’un autre âge
Et ce qu’on peut prouver
N’est pas ce que l’on croit
Quand ce qu’on veut rêver
Seul en puissance croît.

                               ***        


[1] Protée, mythologie grecque : divinité marine capable de se métamorphoser.
[2] Amalthée, mythologie grecque : chèvre qui allaita Zeus (Jupiter).
[3] Grande Mère : la déesse Mère ou déesse primordiale des cultes anciens.

Cassandre.



(Jardins du château de Villandry - Touraine.)

Cassandre qui passait par là
Se souvînt-elle d’une rose
Que, pour elle, Ronsard effeuilla
Mieux qu’on ne peut le faire en prose ?

Peut-être bien, peut-être pas ;
On peut en deviner la cause :
Cette fleur avait moins d’appas
Que celui qui, prenant la pose,
Marchait en lui donnant le bras.

Mais c’est ainsi que vont les choses
Et que pour nous le temps s’en va ;
Cassandre qui passait par là
Se souvînt-elle d’une rose ?

                               ***