mardi 19 mai 2015

Portraits I. Le Rêveur.



Musée de l’Oeuvre Notre-Dame.Strasbourg.

Je me replierai bien sur moi
Comme on fait d’une longue-vue ;
C’est une figure imprévue
Pour exprimer parfaitement
A la fois mon indifférence
Et ma fatigue du moment.
Un lit aurait ma préférence
Pour un bon repos de trois jours
Voire plus si c’est nécessaire.
Le désir chez moi n’a plus cours,
Ce temps n’a plus rien pour me plaire ;
Je me suis fait une raison.
J’aperçois bien à l’horizon
S’approcher de grandes misères,
Que d’autres que moi s’en atterrent,
Moi, je ne cherche qu’un placard
Douillet pour me mettre au rencard
Et suivre ma philosophie :
Rêver en évitant la vie.

             ***

lundi 4 mai 2015

Là-bas.





"Là-bas, là-bas", disent les vagues
En vain, qui meurent sur la plage ;
La ligne d’horizon me nargue
Et le vent narquois d’avantage.

Nos jours sont bâtis sur le sable
Ici, mais l’espace là-bas,
Là-bas, l’espace insaisissable
Dit l’éternité qui s’ébat.

Et le vent dit la liberté
Qui ne connaît pas la matière
Pesante et les jours décomptés
Où naissent encor nos prières.

En s’allongeant au bord des plages
La mer a murmuré : "là-bas",
Là-bas - souvenir ou passage -
La vague effacera nos pas …

                ***




lundi 27 avril 2015

Rien.







Un matin de Printemps,
                                Citadin et sévère,
Une ville s’étend                           
                                Entre deux réverbères.
Ciel blanc, feuillages noirs
                                Et grisaille insipide,
Reflets sur le trottoir
                                Et la chaussée humide,
Au carrefour, un pont
                                Personne et la rivière ;
A l’étroit des frontons,
                               Des toits et des gouttières
Une heure qui revient
                                Bredouille de lumière ;
Il ne se passe rien.

                             ***

jeudi 23 avril 2015

Le 26 Janvier 1855.






Dans la nuit d’un mois de janvier glacial,
Quelque part, rue de la Vieille Lanterne,
Son moral et son existence en berne,
Se pendit un rimeur pauvre et génial,

Déshérité – Par quel arrêt de la vie ? –
Solitaire, et pour un rimeur c’est banal,
Sans espoir et c’est toute l’infamie ;
Ce poète était Gérard de Nerval.

                   ***


mercredi 22 avril 2015

Deux Poèmes Obscurs.







Je rêve ce que j’aime,
Ce que je veux me manque,
Tous les jours sont les mêmes ;
Je rêve ce que j’aime.

Mais ce que le vent sème
Paye les saltimbanques ;
Je rêve ce que j’aime,
Ce que je veux me manque.

                                ***






Je parle sans mesure et j’éclate de rire
Et toute ombre m’ennuie où le néant s’inspire
Car moi je suis la Vie et ce monde est cafard,
Vaniteux, hypocrite et médiocre et blafard ;
Pourquoi mêler ma joie aux parures légères
A ses gueuses de fonte, à ses gangues de pierre
Et traîner dans la boue et ramper dans l’ornière
Et partager sa peine à jamais étrangère ?
Non ! Moi je suis la Vie et je danse l’été
Et je danse l’hiver aux froides nudités
Des champs de neige vierge et je chante l’aurore
Qui s’efface toujours et qui revient encore.

                            ***