mardi 9 septembre 2025

L'amant assagi.


 

Faut-il, Madame, qu’on s’entête ?

J’ai beaucoup et peut-être trop

Parlé, courtisan aux grands mots

Qu’en tous temps les amants répètent,

Des heurs et malheurs de l’amour,

Des calmes plats et des tempêtes,

Des victoires et des défaites

Qu’on y rencontre tour à tour.

Tout cela c’est pour ne rien dire

Que d’ordinaire et de banal.

Entre eux ils se distinguent mal

Par ce qu’ils clament ou soupirent

Et qu’on déjà dit avant eux,

Toujours de la même manière,

Dans l’emphase ou dans la prière,

Sans retard, tous les amoureux.

Je fus comme eux et je me vante

De ne l’être plus mais j’ai peur

Que de ce changement, mon Cœur,

Vous ne soyez guère contente…

 

vendredi 5 septembre 2025

D'outre-passé.

 

 

 

Il souffle un vent d’outre-passé,

Je le connais en dilettante,

Il répondait à mon attente

Au pays dont on m’a chassé.

 

Il n’était jamais si pressé

Qu’il ne me parle ou ne m’enchante ;

Il souffle un vent d’outre-passé.

 

De tout ce qui s’est effacé

-Que la mémoire est inconstante-

Ma rime se tient pour contente,

Ce soir, qu’il m’en raconte assez :

Il souffle un vent d’outre-passé,

Je le connais en dilettante.

 

mercredi 3 septembre 2025

Quelle réponse.

 
 
  

Que me chanterez-vous à la vieille saison

Où les feuilles s’en vont où le vent tourbillonne ?

Que me chanterez-vous entre braise et tisons

Pour rompre aux soirs profonds les silences d’automne ?

 

Les roses du jardin, les champs de la moisson ?

Et ces verts potagers où le melon bedonne ?

En de trop courtes nuits, ces émois à foison

Où le présent au rêve un moment s’abandonne ?

 

Il pleut sur tous les vers des poètes anciens,

Avant tout songe-creux et souvent girouettes,

Mais jamais il ne plut comme il pleut sur les miens

Pendant que de ma main j’écris cette bluette.

 

Ces grands chênes dehors, pour qui gémissent-ils ?

Vous ne me dites rien et le soir est si proche…

Le refrain du grand vent c’est un refrain d’exil ;

Que me chanterez-vous si ce n’est un reproche ?

 

vendredi 29 août 2025

Cet été.

L’été s’achève doucement

Au gré des nuages qui passent,

Les jours ne laissent pas de traces,

A peine a-t-on vécu l’instant

Que demain chasse maintenant.

 

Rougissez d’être aussi volages,

Mes heures et mes agréments

Qui l’êtes plus que des amants

Les goûts autant que les orages;

Ô, vous saisons, rougissez-en.

 

Qu’avez-vous fait de vos promesses,

Qu’avez-vous fait de vos moments ?

Comme pour ceux qui vont s’aimant,

Ce sont de bien courtes ivresses,

De bien éphémères présents.

 

Un peu d’encre sur une page,

Des mots à la couleur du temps

Éternellement de passage

Comme nos amours mal contents

Et comme toujours les nuages.