Ce qui s’en vient, ce qui s’en va,
Des feuilles d’or qu’on voyait là,
L’hiver qui fait ses premiers pas,
C’est dans la ville que voilà
Ce qui s’en vient, ce qui s’en va.
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Ce qui s’en vient, ce qui s’en va,
Des feuilles d’or qu’on voyait là,
L’hiver qui fait ses premiers pas,
C’est dans la ville que voilà
Ce qui s’en vient, ce qui s’en va.
Tilleuls d’orfèvrerie et dorés à la feuille,
Araucarias grenat, rubescence d’érables
Dispensent sans compter leurs trésors périssables
Au soleil d’un matin qu’un soir mauvais endeuille.
Et l’aube que salue un vague lendemain
N’est plus que d’arbres noirs, de tristesse et de deuil
Auxquels tout rimailleur pourtant fait bon accueil
Tout comme je le fais et signe de ma main.
Les marronniers des quais ont perdu leurs tons fauves,
Les cieux sont d’un lavis de gris, comme la vie,
Déjà la pluie en ville au bout des jours s’ennuie,
Le vent aussi. Les marronniers des quais sont chauves.
L’automne en ritournelle aux accents de saison
Imprègne tant soit peu les poèmes qu’on faits
Nostalgiques, bien sûr ; ce n’est pas sans raison
Et à bien réfléchir, c’est du meilleur effet.
Cent pas plus cent en font deux cents
Et deux cents pas du tourne-en-rond
Entre les deux fenêtres grises,
La mauvaise saison est de mise ;
Où sont passés les papillons ?
Ce qu’il pensait a pris la teinte
Des semelles de ses souliers,
Les toits qui l’ont pris en pitié
Ont des tuiles en demi-teinte ;
Et bien sûr aucun papillon.
La sirène aux lèvres de sainte
Donne son cœur en apparence
Et des baisers au goût d’absinthe,
Au court été de sa présence.
Pourquoi parler de papillons ?
Amour d’antan, ciel en haillons,
Les jours ont un goût de poussière
Et les mots n’ont plus de bâillon ;
S’il pouvait, il en serait fier :
Il n’y a plus de papillons.
Que me chanterez-vous à la vieille saison
Où les feuilles s’en vont où le vent tourbillonne ?
Que me chanterez-vous entre braise et tisons
Pour rompre aux soirs profonds les silences d’automne ?
Les roses du jardin, les champs de la moisson ?
Et ces verts potagers où le melon bedonne ?
En de trop courtes nuits, ces émois à foison
Où le présent au rêve un moment s’abandonne ?
Il pleut sur tous les vers des poètes anciens,
Avant tout songe-creux et souvent girouettes,
Mais jamais il ne plut comme il pleut sur les miens
Pendant que de ma main j’écris cette bluette.
Ces grands chênes dehors, pour qui gémissent-ils ?
Vous ne me dites rien et le soir est si proche…
Le refrain du grand vent c’est un refrain d’exil ;
Que me chanterez-vous si ce n’est un reproche ?
Sur les toits du crépuscule
Il y a des reflets d’hiver,
Y dorment des pigeons crédules
Dont les rêves sont très divers.
S’étiolent nos jardinières
Dans la pénombre des balcons,
Ces jours de pauvre lumière
Achèvent de donner le ton.
C’est l’atmosphère banale
De janvier dans son quotidien
Dessus la ville hivernale,
Humide et froide qui convient.
Il pousse des parapluies
Sur la grisaille des trottoirs
Où rêvent à l’heure enfuie
Loin, les vagues lueurs du soir.
***