lundi 20 août 2018

L'original.




La plus part aime mieux marcher
Sur des routes de grand passage,
Heureux d’avoir un voisinage
Pour paysage
De leur lever à leur coucher.

Ils n’aiment guère le chardon,
La ronce, l’ortie et l’ornière
Des sentiers qu’un jour reconquièrent
Les fondrières
Ou bien la herse des sillons.

Ils n’aiment guère les nuages
Qui se font et qui se défont,
Qui se dissolvent ou s’en vont
Vers l’horizon
Sans emporter un seul bagage.

Ils n’aiment guère l’impromptu,
Ni l’incertain, ni l’éphémère,
Ni le manque d’itinéraire
Autoritaire,
Ni l’absence du déjà-vu.

                               ***        

Un soir de février.




Le crépuscule bleu d’un soir de février
Tranquille et silencieux se glisse dans la pièce,
J’ai marché tout au long d’un jour ensoleillé,
J’ai le corps fatigué et le cœur en liesse.
J’ai mon content de neige et d’arbres dépouillés,
De montueux chemins, de routes où l’on glisse,
De vignobles voisins et de lointains glaciers
Et d’un froid à percer les meilleures pelisses.
Dans cette pièce chaude où l’ombre s’épaissit,
Ma plume est paresseuse et mon esprit s’envole
Vers d’autres horizons ; en un mot je somnole
Assez profondément et pourtant mal assis.
Là-bas au bord du lac scintillent des lumières,
Tout un monde brillant quand le mien est obscur
Et tourne lentement entre ces quatre murs
Un soir de février de ma longue carrière.

                        ***                  

Deux compagnons.




Le fauteuil ne dit rien, il vieillit avec moi
Et son coussin s'affaisse et ses accoudoirs s'usent,
Il a pris mon empreinte et souscrit à mes choix,
Nous somme de ces vieux qu'aucun rêve n’abuse,

Philosophes parfois et fatigués souvent,
Deux meubles d'autrefois qui ne sont plus utiles
Qu'à parler de la vie au fil d'un autre temps
Et dans un crépuscule apaisant et futile.

Tous deux persuadés de ne servir à rien
Nous cultivons heureux  notre vieille paresse,
Nous nous ressemblons tant, nous nous comprenons bien,
Nous cultivons notre âge et plus rien ne nous presse.

Où le désir est roi, nous vivons de l'oubli,
Et de la discrétion et de l'indifférence,
Du repos que l'on prend, de la page qu'on lit
Et de nos souvenirs dont le nombre est immense.

                              ***