mercredi 20 août 2025

Ce vent...


 

Il est né quelque part en mer,

A pris terre je ne sais où,

Fougueux, triste, joyeux, amer,

Le vent est toujours aussi fou.

 

Il discourt, déclame, raconte

Des histoires d’un peu partout,

Du vrai, du faux, au bout du compte

On s’aperçoit qu’à tous les coups

Le vent est toujours aussi fou.

 

Depuis le temps que cela dure

On n’en retient pas toujours tout.

Le vent poursuit, il n’en a cure,

Il s’amuse ; que voulez-vous,

Le vent est toujours aussi fou.

 

A certains jours le vent rabâche

Et quelquefois il souffle doux,

Quand il arrive qu’il se fâche

Le monde est sens dessus dessous.

Le vent est toujours aussi fou.

 

Ce jour s’il se lève en colère,

Je la tolère et je l’absous :

A force de courir la terre

Le vent est toujours aussi fou.

 

jeudi 14 août 2025

Cet été, la Loire.

 

Blancheur de l’été souverain

Au cours sablonneux de la Loire

Où tant de châteaux font mémoire

D’une loi d’or, d’ambre et d’airain.

L’eau de ce fleuve qui scintille

Remonte quelquefois le temps,

Ma plume d’encre en fait autant.

C’est en manière d’apostille

A la rose du Vendômois

Comme à certaine cheminée.

La Loire, à la mer destinée,

Va paresseuse et sans émoi ;

Avant que l’on arrive à Nantes

Il est Angers et Tours et Blois

Et Orléans de bon aloi,

Des noms dont la mémoire chante,

Me plaît, me séduit et m’enchante ;

Je ne vous dirai pas pourquoi.

Ma plume est comme l’eau si lente

Où les nuages alentis

En arabesques indolentes

Tiennent un semblable parti.

Pourtant les reflets paresseux

Se parent parfois d’étincelles

Et ces vers sont écrits pour celle

Dont semblablement font les yeux.

La Loire est ma longue patience,

Un amour que rien ne déçoit,

Ce serait de l’inconvenance

Que d’ajouter quoi que ce soit.


mardi 12 août 2025

En deux mots, le passé...

 

I.

 

C’est un air qu’on n’écoute plus

Ou c’est une chanson ancienne,

Des images qui vous reviennent,

Un monde enfui, des mots exclus.

 

C’est une sensation de vide,

Un présent sans utilité,

C’est aussi un sourire acide

Après tant de crédulités.

 

Au fil des places et des rues,

C’est le brouhaha familier

D’une vie au loin disparue,

C’est la mémoire d’un quartier.

 

C’est l’autrefois d’un paysage,

Les parfums d’une autre saison,

D’autres couleurs, d’autres nuages

Sur un souvenir d’horizon.

 

 

II.

 

C’est dans la pénombre romane

Les mélismes du grégorien,

Le fil serein d’un chant qui plane

Dessous une voûte romane,

Une sainte louange aux mânes

Dont les noms ne disent plus rien,

Contrepoint aux voûtes romanes

Des mélismes du grégorien.

 

C’est hier, un bon-point à l’école,

C’est un livre à peine illustré,

L’amande amère de la colle

Et hier un bon-point à l’école,

Trois mois d’une liberté folle

Avant qu’il vous faille rentrer

Pour juste un bon-point à l’école ;

C’est un livre à peine illustré.

 

Printemps, été, hiver, automne

D’un dix-huitième de tableau

Dont la beauté perdue étonne,

Printemps, été, hiver, automne

Et aussi ces vers qui résonnent

Doucement scandés comme il faut,

Printemps, été, hiver, automne

Et vont se perdre au fil de l’eau.

 

Avec un sentiment de perte

C’est, à la fin, cet aujourd’hui

Et c’est le passant que je suis

Marchant dans des villes désertes.