vendredi 24 août 2018

Ce "Je" qui n'est pas moi...




J’ai vécu des heures de braise,
J’ai vécu des heures de plomb,
Qui sait dans lesquelles au fond
Je me trouvais le plus à l’aise ?

Peut-être les plus malheureux
Sont-ils d’abord ceux qui ne vivent
Qu’une « moyenne », un « entre-deux »
Afin que rien ne leur arrive.

J’ai bien moins gagné que perdu
Mais j’ai tenté ; c’est cela vivre.
On n’obtient pas toujours son dû ;
Des dettes la mort vous délivre.

Outre qu’il est une passoire
Pour toutes sortes de malheurs,
Le bouclier de la tiédeur
Ne protège que de la gloire.

J’ai vécu des heures de braise
Dont quelques souvenirs me pèsent,
J’ai vécu des heures de plomb
Dont le temps n’était pas si long…

                               ***        

Rose d'Anjou.




Le souvenir, ce soir, se perd en serpentant
Entre mes réflexions et les mots d’une page ;
Te lirai-je à nouveau ces vers d’un autre temps
Où nous avions l’amour et le temps en partage ?
L’amour n’a pas changé, je les lirai content
En espérant te voir en sourire au passage.


Sous le ciel gris d’Anjou une rose en janvier,
Une rose en ce jour pour ne pas oublier
Que l’hiver passe aussi, que les beaux jours reviennent,
Qu’il faut que l’espérance en nos cœurs se maintienne.

Une rose d’hiver, une rose d’Anjou
Pour dire la tendresse et que ce n’est pas tout,
Qu’il y a la promesse et l’aube de demain
Et l’effort mutuel et l’anneau de nos mains

                               ***

jeudi 23 août 2018

Marcher.




Vous alliez de l’avant, la marche jamais lasse,
Et vous vous retrouvez tout au fond d’une impasse ;
Que reste-t-il à faire ? Eh bien un demi-tour !
Vous ne voudriez pas achever vos beaux jours
Au fond d’un cul-de-sac ! Et que ce soit pénible,
Et que ce soit injuste et incompréhensible,
Nous en tombons d’accord et puis que dire après ?
L’erreur est constatée, à quoi bon le regret ?
La nuit est envoûtante et les aubes sont belles,
Vous allez quelque part où quelqu’un vous appelle,
Vous ne savez pourquoi, vous ne savez pas qui,
Vous savez qu’il le faut et que c’est bien ainsi.
La route précédente était loin de la bonne
Et la saison s’avance et vous voyez l’automne ?
Là-bas au bord du monde il est un horizon
Et vous allez marcher et vous avez raison.

                               ***

mercredi 22 août 2018

Les pivoines.




Sur une toile ancienne un bouquet de pivoines
Dont la couleur jaillit d’un vieux cuivre ventru,
C’est le moment propice et c’est l’objet idoine
Pour infliger au monde un texte de mon cru.
A chacun sa façon de flatter sa paresse,
A chacun sa façon de se prendre au sérieux,
Moi je m’écris des vers alors que le temps presse
Et que dans les soucis on me voudrait anxieux.
A mon oreille ici dois-je faire confiance ?
Vous avez dit « paresse » et je crois bien « soucis » ?
N’écrivez pas ces mots, écrivez « insouciance »,
« Légèreté » peut-être et « goût de vivre aussi ».
Jugez si vous voulez ces vers une sottise,
Vous en avez le droit, ils ne servent à rien,
On ne les paye pas quand bien même on les prise,
On ne les compte pas comme l’or ou les biens
Mais, vous l’avez compris, quant à moi je m’en moque,
Je laisse le sérieux à ces jours d’autrefois
Qui me faisaient porter cette triste défroque
Au nom de je ne sais quelle langue de bois.
J’écris d’une pivoine ou bien d’une salade
Non pas de la sagesse ou de la fin des temps ;
S’attriste qui voudra de cet hiver maussade
Que l’époque promet et de ce qu’on entend
Des malheurs à venir ; il est temps que je brade
Le très peu qui me reste et je vis au printemps !

                               ***