samedi 14 septembre 2019

Un moment.




Un moment d’insouciance et de tranquillité,
Faisant le même bruit que le vent qui soupire,
Visite mon salon sans même se hâter
Et me jette un regard et m’adresse un sourire.

Ces choses-là, bien sûr, n’arrivent que la nuit
Dans le silence entier des façades qui dorment,
Quand la lune croissante au plus haut du ciel luit
Dessus les rues plantées de platanes et d’ormes.

Mais l’instant vit timide et, n’osant demeurer,
Cède à son successeur bien volontiers la place
-Ainsi nous faut-il rire ou nous faut-il pleurer,
Spectateurs impuissants au gré du temps qui passe-

Et la nuit redevient la nuit, l’obscurité
Où le salon s’endort, où plus rien ne soupire
-Suis-je bien éveillé ?- je crois voir y flotter
Encore et familier, une ombre de sourire.

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vendredi 13 septembre 2019

Sans laisser de traces.



(Strasbourg - le palais Rohan depuis le quai des Bateliers.)

Automne matinal d’or et de bleu
Aux quais déserts encore un petit peu,
Un rien, d’attente et l’heure des écoles
Va peupler les trottoirs. Passant frivole,
Errant sans but, je m’en moque bien moi,
J’en sourirais plutôt, pour une fois,
Au grand soleil bienveillant et bonhomme
Qui caresse la ville, heureux en somme,
De profiter un peu de tout et rien.
L’eau passe sous les ponts où je reviens
Me promener année après année
En évoquant des amours surannées
Dont les prénoms se perdent quelque part
Où je n’ai plus accès ; il est trop tard :
L’eau passe où les reflets s’enlacent
Et se défont sans laisser une trace.

                               ***   
    

jeudi 12 septembre 2019

Contemplation.



(Île d'Ouessant - Bretagne.)

Le ciel immense est teint d’un gris léger,
Il vient de loin un vent d’embruns chargé,
Au goût salé, ainsi que sont les larmes
Dont la triste douceur pourtant désarme
Comme un tiède rayon de soleil fait
Entre deux averses du mois de Mai.
La grève est longue et blanche et monotone,
Pas un oiseau et nul cri n’y résonne,
Calme et sans fin, la mer bruit doucement
Et son flot vert s’étire lentement
Jusqu’à mes pieds, envahissant le sable,
De son lent mouvement inépuisable.
Pourquoi me retourner ? Tout ce que j’aime
Vit là, le calme et le repos de même,
Rêvant, j’attendrai, sans me déplacer,
Le flux montant des vagues du passé.

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