samedi 7 juillet 2018

Dialogues de l'exil - I.




Ciel gris sur un matin d’exil ;
Le vent murmure que tout passe
Un jour. Cela te convient-il,
Ami, de mes anciennes chasses
Dans l’ombre heureuse des forêts ?
De mes jours de belle jeunesse
Je ne retiens que les regrets
Et combien d’erreurs qui m’oppressent ;
Mes fautes m’ont amené là.
Un souffle de vent en sourdine
Chantonne à chacun de mes pas :
Ne faisons pas si grise mine,
Il est toujours quatre saisons,
La liberté, la vieille alliance
Et,  pour alléger ta raison,
Le souffle de mon insouciance…

                               ***

Le bureau paternel.




Je suis assis à mon bureau
Comme autrefois mon père au sien,
J’ai le même âge ou peu s’en faut,
Unique différence, un chien
Couché sur le tapis que râpe
De plus en plus de décennies
Mais nos ressemblances me frappent
Et jusque dans les avanies
Que le sort nous a fait subir.
J’écris des vers et il en écrivait,
Avions-nous les mêmes désirs ?
Je rêve aussi ce qu’il rêvait…
Il est mort trop tôt pour m’entendre
Remarquer que nos habitudes
Sont les mêmes et sans m’étendre,
Rire de nos similitudes.
En eût-il ri, lui ? Je ne sais,
Je le pense et je le suppose
Sans plus et quel dommage c’est
Qu’il m’en reste si peu de choses…

                               ***

Un soir comme les autres.



                                
C’est un soir qui ressemble
A d’autres par milliers :
Un ciel bleu pâle où tremble
Un trait de rose et de pitié.

Moi je le ressens comme
Une sorte d’aveu,
Cet instant où l’on nomme
Ce qu’on jugeait « beaucoup », « un peu » ;

Il me semble la somme
De ce temps qui contient,
Entier, mon destin d’homme :
Un instant, tout et l’autre, rien…

Adieu, dit la lumière,
Je n’irai pas plus loin ;
La nuit, elle en est fière,
Met à ces vers le dernier point.

                               ***