mardi 24 octobre 2017

Les bons moments.





Dans une vie, en y réfléchissant,
On doit compter entre un et deux pour cent
De bons moments ;
Profitons-en !

Et puis ces bons moments passent si vite…
Quand ce n’est pas le sort qui les évite,
C’est nous, qu’agite
Un curieux rite

Qui nous pousse à nous les gâcher soudain,
Animés dont on ne sait quel dédain,
Quel orgueil vain
Dont je nous plains.

Il faut agir dès qu’il s’en présente un,
Dessus tacher de mettre le grappin,
Le tenir bien,
N’en perdre rien,

Puis, par après, en garder la mémoire,
Le rappeler comme on fait d’une gloire,
Comme exutoire
Aux heures noires.

                               ***

dimanche 22 octobre 2017

Théâtre d'ombres.





Ma vie, ombre chinoise
Sur le ciel théâtral
Où le bien et le mal
Viennent  nous chercher noise,

Ombre caricature,
Sur le papier journal
D’un autre jour banal
Dont je fais la lecture,

Cette heure qui me poise[1]
- Comme eût écrit Villon –
Car le temps se fait long
Et longue aussi l’ardoise,

Ombre du clair obscur
De toutes nos sentences
Et de notre existence
Où rien n’est jamais sûr,

Ce soir, où je te croise,
Qui donc mène le bal
Sur ce ciel théâtral,
Ma vie, ombre chinoise ?

                               ***        
 


[1] Poise : pèse (moyen français).

mercredi 18 octobre 2017

Mon Passé.





Mon passé fut heureux puisque après si longtemps
Son souvenir m’apporte encore autant de joie
Et que cet âge enfui devant mes yeux déploie
Le charme inaltéré de jours vieux de vingt ans.

C’était un bonheur calme et je le goûtais tant
Que lorsqu’à le chanter,  comme ici,  je m’emploie,
Il s’en faut de bien peu qu’alors je ne larmoie
En comparant ma paille à l’or de mon printemps.

Que le monde a changé dans ces quarante années !
Mes plaisirs sont caducs et mes joies surannées,
Je suis l’aulne vieilli sur les bords du torrent,

Dont jamais le courant ne retourne  en arrière,
L’arbre qui d’un reflet éphémère s’éprend 
Et la racine enfouie aux rêves de lumière.

                               ***

lundi 16 octobre 2017

Oublier.



(Crépuscule sur le Scharrachberg - Alsace.)
Je veux enfin me reposer
En oubliant l’heure qui passe
- Ce que je n’ai jamais osé –
Je veux enfin me reposer.

Mais ce temps dont j’ai mal usé
En mon cœur a laissé des traces,
Au point que le voilà blasé,
Incrédule à toute bonace[1].

Mon cœur, il faut vous accoiser[2]
Et ne plus parler qu’à voix basse :
Je veux enfin me reposer
En oubliant l’heure qui passe.

                               ***


[1] Etat de la mer quand elle est étale.
[2] Accoiser : rendre coi dans le sens ici de pacifier.

Charles.





Charles qui fut duc d’Orléans,
Où qu’il se trouve, me pardonne
Moi, qui ne suis qu’un fainéant,
D’imiter sa noble personne
En composant parfois des vers ;
Hélas, l’humilité se perd…
J’en possède moins que personne,
Qui voulez-vous qui me raisonne ?
C’est pourquoi je poursuis céans ;
Charles qui fut duc d’Orléans,
Où qu’il se trouve, me pardonne !

                               ***