mercredi 24 juin 2015

L'Etourdi.






Je l’ai perdu je ne sais où :
A la maison ? Ou sur la route ?
Ma foi je n’en sais rien du tout !
Je vous assure qu’il m’en coûte
Car j’en usais au quotidien
Pendant je ne sais combien d’heures,
Certains jours mieux, d’autres moins bien,
Toujours heureux qu’il me demeure.
Quant à savoir comment j’ai fait
Pour l’égarer, c’est un mystère
Que je ne parviens, en effet,
Pas à percer et qui m’atterre.
Je cherche en vain, abasourdi,
Tout en me répétant sans trêve :
Même en étant très étourdi
Comment peut-on perdre son rêve ?

                     ***

lundi 22 juin 2015

Le Vilain Soir.






C’est un vilain soir d’été froid
Où dans les coins sombres renaissent
Tout un tas de vieilles tristesses
Qui y somnolaient à l’étroit.

Il en vient de tous les endroits,
D’avant-hier et de ma jeunesse ;
Les soirs d’absence elles s’empressent
En prétendant que c’est leur droit.

Votre droit, pauvres créatures,
Je le conteste et n’en ai cure ;
Allez vous promener ailleurs !

J’ai plus d’une corde à ma lyre
Et de vieux poèmes à lire :
Je ne connais rien de meilleur

(Pardon, je suis un peu railleur),
Hormis une occasion de rire.

                   ***

En Attendant la Rose.





Je regarde une rose,
Espérant chaque jour
Qu’à la fin elle éclose ;
Je regarde une rose.

Ce n’est pas de l’amour,
On dira, je le crains,
Que c’est bien peu de choses
Mais d’impatience empreint
Je regarde une rose.

Hélas il est des fleurs
Qui jamais ne s’éveillent
Et dont la beauté meurt
Sans montrer ses merveilles.
Pour quelle étrange peur
Ou pour quelle autre cause
Ainsi font certains cœurs ?
Je regarde une rose…

            ***


vendredi 19 juin 2015

Profession de Foi.






Qu’ai-je à faire ici-bas de vos grandes cités,
Usines du néant, dômes des vanités ?
Ce que j’aime d’abord c’est la forêt ouverte,
C’est le vallon ombreux, c’est la combe déserte
Et le damier des champs où s’enfuit l’horizon,
A hauteur de soleil et à temps de saisons,
Mes heures de labeur, mes heures paresseuses
Que seul rythme le vent de chansons en berceuses,
Le nuage dont l’ombre accourt auprès de moi
Et l’écho suranné qui dort en chaque mois.
Ce que j’aime d’abord c’est ce chemin de pierre,
C’est ce vieux pont de bois dessus cette rivière
Où le jour se raconte en un ciel de reflets
Et la rive sans but où le chardon se plait,
C’est la sérénité, la tranquille assurance
De l’instant où l’on vit d’éternelle ignorance,
Riche seulement d’être, à l’heure des moissons,
Celui qui sait sourire et murmure : « Passons ».

                                ***
 

jeudi 18 juin 2015

Consolations.






Prêtez-moi ce nuage gris,
J’en ferai l’horizon où perce
L’or d’un crépuscule incompris
Qu’une chanson obscure berce.

Prêtez-moi ce rideau de pluie,
Je vous en ferai l’océan
Que parcourt une voile enfuie
Qu’un jour on baptisa « Néant ».

Prêtez-moi cette larme aussi
Afin que j’en fasse un diamant
Que je ferai briller ici
Mieux que les yeux de votre amant.

                     ***