dimanche 21 octobre 2018

Mauvais rêve.




I.

Je vois un corbeau centenaire
Au bout d’un hiver désolé ;
Rien là que de très ordinaire,
Je vois un corbeau centenaire.

Il a pour nom « Année Amère »
Et n’est pas prêt de s’envoler ;
Je vois un corbeau centenaire
Au bout d’un hiver désolé.

II.

Je vois un grand loup solitaire
Assis sur un rocher moussu,
Sa faim dépasse sa misère ;
Je vois un grand loup solitaire.

Etrange ? Non, et le contraire
M’aurait certainement déçu ;
Je vois un grand loup solitaire
Assis sur un rocher moussu.

III.

Celle qui tient la faux en main
Ne fut jamais une glaneuse,
Nul ne l’a vue manquer de pain,
Celle qui tient la faux en main.

Et que hier l’apprenne à demain,
On ne l’a jamais vue flâneuse ;
Celle qui tient la faux en main
N’est pas non plus une glaneuse.

IV.

Quatre cavaliers en chemin
Depuis l’avènement du monde ;
Les loups et les corbeaux ont faim,
Elle rêve aux moissons fécondes
Et sa faux attend le regain…

                               ***        

Un monde ancien.




Je vous écris d’un monde ancien
Où, pour ma part, je me sens bien,
Autant que renard en son gîte ;
Les saisons y sont des redites
Dont la succession me convient.

Pour le temps qu’il y fait, eh bien
Sachez qu’il ne dépend de rien
Hors de l’humeur de qui l’habite.
Je vous écris d’un monde ancien
Où, pour ma part, je me sens bien,
Autant que renard en son gîte.

Au gré des jours qui sont les siens
Il change moins qu’il ne retient
Et puisque l’on n’y va pas vite,
Que fort peu de choses l’agite,
Etonnez-vous qu’il soit le mien !
Je vous écris d’un monde ancien
Où, pour ma part, je me sens bien,
Autant que renard en son gîte ;
Les saisons y sont des redites
Dont la succession me convient.

                               ***

vendredi 19 octobre 2018

L'attente.




C’était un crépuscule à l’Automne étranger,
A la fois doux et triste et la terre était sèche ;
De ce soir si précoce au ciel bleu mélangé
On tirait l’impression d’un monde tête-bêche.

Ces teintes, ces reflets, partout inattendus,
Dans ce décor connu vous mettait mal à l’aise,
Créait le sentiment de n’avoir pas son dû,
D’être, comme l’on dit, entre deux chaises.

La fougère était rousse et le rosier en fleurs,
Chacun s’en inquiétait, c’était peut-être bête
Mais l’on n’y pouvait rien. Cela pesait au cœur
Et l’on se demandait d’où viendrait la tempête.

L’obscurité complète, au pessimisme enclin,
On noircissait pour rien la blancheur du vélin ;
Dans le lourd sommeil où la conscience trépasse,
On rêvait de soi-même et de mots orphelins
En craignant que demain je ne sais quoi se passe.

                               ***