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samedi 18 avril 2026

Le bal des ombres.

 


 

Une chanson des heures sombres

Pour le grand bal des revenants

Où s’en viennent danser des ombres

Qu’on reconnait en s’étonnant.

 

Promenades et voltes lentes,

La musique s’en vient de loin

Et ces danseurs aux gestes amples

Comme l’assistance, pas moins.

 

Dans cette chanson les visages

S’en reviennent comme un refrain,

Un demi-sourire au passage,

Ces gens manquent un peu d’entrain.

 

Et pourtant la lumière est vive

Et leur jeunesse est à l’honneur

Dans les souvenirs que ravivent

En ma mémoire ces danseurs.

 

Au menuet la révérence,

Le temps d’une valse un regard,

Je sais ce que celle-ci pense

Aussi j’acquiesce : il est bien tard.

 

Et celle-là qui me salue

Dans sa robe d’obscurité

Songe-t-elle à ces heures nues

Sous les étoiles de l’été ?

 

A son léger signe de tête

Je reconnais ce cavalier,

Pour lui, puisque mes jours s’entêtent,

Je prie encore volontiers.

 

Sur un seul rang les cavalières

Ont fait face à leurs cavaliers,

Cette figure est la dernière

D’adieux à nul autre confiés.

 

La chanson arrive à son terme

Comme ce bal dont aujourd’hui

La porte ouverte se referme

Sur le silence de la nuit.

 

jeudi 18 mars 2021

Vieux-Nice.

 

 


 

Dans les ruelles du Vieux-Nice

S’en reviennent tranquillement

Ces mots que je vais murmurant

Comme une chanson que l’on bisse.

 

Qui trouvera ces vers simplets

Et l’air un peu passé de mode ?

Les ombres, que le soleil brode

Au fil d’or, aiment ces couplets

Car ils sont nés dans la fournaise

D’un grenier, au bout de l’été,

Où quelque amour en liberté

Pouvait rêver tout à son aise.

 

Sur les pavés irréguliers

C’est bien l’été des retrouvailles

Où les façades emmuraillent

Dans les midis en pointillé

Le calme des fraîcheurs obscures.

 

Dans une cour, trois mots chantants

Et ce refrain en même temps

Entre fenêtres et toitures…

Un refrain cent fois répété

Dans la gaieté de l’aventure

Pour l’amour qui, je te l’assure,

Ne cesse jamais d’exister.

 

Sainte Reparate est si fraîche

Mais sombre aux yeux ensoleillés

Où le même sourire a brillé ;

Non, je ne crois pas que l’on pêche

En chantonnant parfois à deux…

 

Et dehors midi continue

A poursuivre l’ombre des rues

De son inextinguible feu.

 

                               ***       

jeudi 19 novembre 2020

Le vieux livre.

 

 

 
 

Le livre est en mauvais état,

Il appartenait à mon père

Qui pour l’acquérir n’avait pas,

A l’époque, d’argent ou guère.

J’imagine qu’il l’acheta

Lorsqu’il s’en revint de la guerre ;

Quarante-six, on l’imprima,

Pour qui fut-il une « première » ?

Je ne sais qui le maltraita,

-C’est peut-être à force de plaire

Que tout le dos s’en déchira-,

Ni sur quel étal terre à terre

Mon père à la fin l’acheta.

Ce soir mon cœur est une pierre

Et je parcours de ci delà

Tout ce que lui aussi naguère,

Page après page, feuilleta,

Point de mire ou point de repère,

Malgré le temps qui s’envola,

Ces pages où mon cœur se serre

D’aimer encor ce qu’il aima

Sont dans Alcools d’Apollinaire.

 

                               ***