Une chanson des heures sombres
Pour le grand bal des revenants
Où s’en viennent danser des ombres
Qu’on reconnait en s’étonnant.
Promenades et voltes lentes,
La musique s’en vient de loin
Et ces danseurs aux gestes amples
Comme l’assistance, pas moins.
Dans cette chanson les visages
S’en reviennent comme un refrain,
Un demi-sourire au passage,
Ces gens manquent un peu d’entrain.
Et pourtant la lumière est vive
Et leur jeunesse est à l’honneur
Dans les souvenirs que ravivent
En ma mémoire ces danseurs.
Au menuet la révérence,
Le temps d’une valse un regard,
Je sais ce que celle-ci pense
Aussi j’acquiesce : il est bien tard.
Et celle-là qui me salue
Dans sa robe d’obscurité
Songe-t-elle à ces heures nues
Sous les étoiles de l’été ?
A son léger signe de tête
Je reconnais ce cavalier,
Pour lui, puisque mes jours s’entêtent,
Je prie encore volontiers.
Sur un seul rang les cavalières
Ont fait face à leurs cavaliers,
Cette figure est la dernière
D’adieux à nul autre confiés.
La chanson arrive à son terme
Comme ce bal dont aujourd’hui
La porte ouverte se referme
Sur le silence de la nuit.

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