samedi 3 août 2019

Conseils à un jeune poète.



(Portail de la cathédrale de Chartres.)

D’abord prenez un mot, le premier qui vous vient ;
Réfléchissez un peu. Vous l’avez fait ? C’est bien.
Vous tenez une histoire, il vous faut une rime,
Réfléchissez un peu. Vous l’avez ? C’est sublime !
Recommencez cent fois le même processus :
Vous êtes un poète, il ne faut rien de plus
Mais s’il vous arrivait, quelquefois, d’aventure,
De manquer d’une rime, allons, je vous rassure,
Qui donc vous en voudra ? Laissez la de côté,
Poursuivez votre ouvrage avec sérénité.
D’ailleurs, pour progresser, à l’étape suivante,
Estimant que la lettre est toujours décevante,
Que ce qui compte au fond, c’est avant tout le fond,
Faites à votre tour ce que les autres font.
Affranchissez-vous en et rédigez vos lignes
Comme chacune vient, c’est une règle insigne,
Voilà qui fait de vous un talent prometteur
Et si vous rêvez d’être un des plus grands auteurs
Il ne vous manque plus, et vous pouvez m’en croire,
Que de vous faire obscur pour tutoyer la gloire.

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vendredi 2 août 2019

L'équilibriste.




De fil de soie en fil de fer
Ainsi va le cœur funambule
Dont l’équilibre déambule
Et, par-là, quelquefois se perd.

Personnage de comédie
Qui danse une ombrelle à la main
Si haut dessus nos lendemains,
Tomber te coûterait ma vie.

Du ciel ainsi se rapprocher
Cela va bien au personnage
Et plus il va, moins il est sage
Mais à quoi sert de le prêcher ?

Il pirouette de surcroît
Car c’est un histrion volage ,
Par-dessous j’espère une plage
Si quelque jour prochain il choit.

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jeudi 1 août 2019

In memoriam.



(Strasbourg - Place de la République - Printemps 2019.)

Il y avait un très bel arbre
-Plus vieux, beaucoup plus vieux que moi-
Vaste, imposant, un géant et un roi ;
Mais rien n’est gravé dans le marbre :
Il est tombé, cela fait juste un mois.

Un mauvais soir, le grand vent et l’orage,
D’un seul coup l’ont déraciné.
Je reste là, bras ballants, étonné,
Et je revois son splendide feuillage,
Des jonquilles poussaient sous son ombrage…

Je l’ai connu , je n’étais qu’un enfant,
Son tronc d’abord, la couleur de son ombre,
-Car il était vêtu de pourpre sombre-
Sa taille énorme et son port triomphant
M’offraient un rêve et des questions sans nombre.

Puis je l’aimais adulte autant qu’adolescent,
J’allais pour une course au voisinage,
D’un pas plus lent, l’admirant au passage…
Le temps emporte tout, nul n’y consent
Mais c’est ainsi que l’on tourne une page.

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