vendredi 24 mai 2019

Soupir.




Au bout d’une allée de platanes
Où l’herbe aujourd’hui pousse dru,
L’ombre d’un château disparu,
Des perruques et des soutanes,
Des longues tables de cristaux,
Des chinois peints aux porcelaines,
Des grands miroirs et des tableaux
Montrant la campagne sereine.
De tout cela qui se souvient ?
Adieu jardins à la française,
Belles marquises, petits chiens,
La bergère en devenant chaise
N’a plus besoin des grands salons ;
Ce n’est pas que le temps me dure
C’est quelquefois qu’il est bien long
Et le reste est littérature.

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Méditation.




La nuit indifférente
Abrite nos chagrins,
Nos rêves, nos attentes,
Nos amours mal-contentes,
Nos bonheurs pérégrins,
Avec un goût de cendres
Et quelquefois de vin.

Ses charmes sont à vendre
Et ses divagations,
Et Babel et Sion,
L’autel et la muraille…
Passez votre chemin,
Rappelez-vous la paille
Et le poutre et la fin.

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lundi 20 mai 2019

Un amour de grenouille.




Au crépuscule, énergiques et mélodieuses,
Dans les étangs aux roselières insidieuses,
Les batraciens à grands croassements que veux-tu,
Se font la cour, bruyants, passionnés et têtus ;
Dans la nuit qui s’installe, à l’heure où tout se brouille,
Quel grand vacarme font les amours des grenouilles !
Aigre bruit de crécelle ou bien crépitement,
Raclement, ronflement ou bien éclatement
Éveillent les échos ; on admire la gamme
Dont usent ces Messieurs pour séduire ces Dames…
Nulle timidité non plus dans l’expression,
La puissance du chant mesure la passion,
Chacun veut faire mieux et toutes se surpassent ;
La grenouille en amour hait fort les messes basses,
C’est un animal franc, merveilleux, attrayant
Mais, pour qui se repose, un petit peu bruyant.

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