jeudi 12 novembre 2015

Là-bas.






Là-bas, tout au bout du chemin,
Trouverons-nous encor du charme
A marcher la main dans la main ;
Là-bas, tout au bout du chemin ?

De hier referons-nous demain ?
Un sourire au milieu des larmes,
Un arc-en-ciel qui nous désarme,
Là-bas, tout au bout du chemin ?

Trouverons-nous encor du charme
A nos amours, à nos destins,
A l’heure où le soleil s’éteint
Au fond d’un ciel violine et parme,
Là-bas, tout au bout du chemin ?

                         ***
 

Mon Père.






Il y a bien longtemps, mon père,
Que nous ne nous sommes revus :
Trente-sept ans que tu n’es plus.
Ma peine, que l’âge tempère,
Cependant n’a pas disparu.

Certains après-midi d’automne
Où l’ombre sait que le soir vient,
Monte une chanson monotone
Que je ne connais que trop bien,
Son « j’attendrai toujours » m’étonne.

Il m’étonne, moi qui, pourtant,
Croit cette rencontre certaine
Je ne sais quand et qui l’attend,
Qu’elle soit proche ou bien lointaine ;
Mon père, il y a si longtemps
Ou peut-être bien hier à peine.

                       ***
 

lundi 9 novembre 2015

Fétus.






J’amoncelle, jour après jour,
Patient aussi bien que têtu,
Graines, fragments, bribes, fétus
D’espoirs, de livres ou d’amour
Dont il n’y a rien à tirer,
Sinon, comme ici, quelques vers
Et c’est bien peu pour redorer,
Après tant et tant de revers,
Et mon blason et ma devise.
Au royaume de la poussière
Il n’y a qu’une seule église
Qui n’est guère princière
C’est bien un peu celle du sauve-
Qui-peut sans faire de manières
Et l’on découvre moins d’alcôves
Qu’on y rencontre de tanières.

                   *** 

jeudi 5 novembre 2015

Pas à Pas.






Un pas en avant, un pas de côté,
Un pas en avant, deux pas en arrière,
A quoi bon s’en faire, à quoi bon compter ?
Nous faisons ainsi notre vie entière.

C’est bien pour cela que sur le chemin
Nous avançons peu, nous n’avançons guère ;
Ce que hier, honteux, remet à demain
Demeure en l’état tout comme naguère.

Ne prononcez pas le mot « paresseux »,
Ce serait à tort et presque une injure,
« Léger » convient bien, « insouciant » vaut mieux ;
Souriez un peu, je vous en conjure !

Un faux-pas souvent, un pas de travers,
Voire un pas de clerc, c’est involontaire ;
Un pas vers l’amour, mon but sur la terre
Et l’espoir en plus qui finit ces vers.

                                ***

Invitation.






Dans un jardin de passeroses,
A l’abri des heures trop brèves,
Tu hésites à venir. Ose !
Et nous ferons les mêmes rêves,
Et nous vivrons le même amour,
Nous oublierons du même oubli
Et l’ornière et le carrefour
Et le brouillard et le ciel gris.
L’aurore avec le crépuscule
Dansent là-bas dans la prairie,
Que crains-tu donc que tu recules ?
Nous vivrons la même féerie.
Préfères-tu le triste Hiver,
La solitude des reclus,
Demain la tombe et puis les vers ?

Et moi je ne t’attendrai plus…

                 ***