vendredi 2 août 2019

L'équilibriste.




De fil de soie en fil de fer
Ainsi va le cœur funambule
Dont l’équilibre déambule
Et, par-là, quelquefois se perd.

Personnage de comédie
Qui danse une ombrelle à la main
Si haut dessus nos lendemains,
Tomber te coûterait ma vie.

Du ciel ainsi se rapprocher
Cela va bien au personnage
Et plus il va, moins il est sage
Mais à quoi sert de le prêcher ?

Il pirouette de surcroît
Car c’est un histrion volage ,
Par-dessous j’espère une plage
Si quelque jour prochain il choit.

                               ***        

jeudi 1 août 2019

In memoriam.



(Strasbourg - Place de la République - Printemps 2019.)

Il y avait un très bel arbre
-Plus vieux, beaucoup plus vieux que moi-
Vaste, imposant, un géant et un roi ;
Mais rien n’est gravé dans le marbre :
Il est tombé, cela fait juste un mois.

Un mauvais soir, le grand vent et l’orage,
D’un seul coup l’ont déraciné.
Je reste là, bras ballants, étonné,
Et je revois son splendide feuillage,
Des jonquilles poussaient sous son ombrage…

Je l’ai connu , je n’étais qu’un enfant,
Son tronc d’abord, la couleur de son ombre,
-Car il était vêtu de pourpre sombre-
Sa taille énorme et son port triomphant
M’offraient un rêve et des questions sans nombre.

Puis je l’aimais adulte autant qu’adolescent,
J’allais pour une course au voisinage,
D’un pas plus lent, l’admirant au passage…
Le temps emporte tout, nul n’y consent
Mais c’est ainsi que l’on tourne une page.

                               ***

L'oblat - Pastiche "à la manière de ".



(Vitrail de l'église St-Pierre de Saumur.)

Et de croix d’or ciselé, si précieux
Qu’on le voudrait ou juste l’imagine,
Il n’en sera jamais dessous les cieux
De plus haut prix que du bois qu’aima Dieu.

A quel paraphe au bas d’une cédule[1]
Semblable, un pleur qu’étouffe la cellule
Pieuse où quelque novice méditant
Abandonne le monde avec le temps ?...

Aimant, ce cœur, qui ne s’inquiète guère,
Du silence à jamais, malgré la terre,
Où son vœu le condamne et sans remords,
D’ainsi s’ensevelir autant que mort.

Et tels les mots et telle aussi l’image,
Enluminure en l’esprit, d’une page
Qu’écrit au parchemin des jours, l’oblat[2]
Qu’en sa pénombre un poète vit là.

                               ***       


[1] Cédule : n.f., désignait autrefois le document par lequel quelqu’un prenait un engagement. (Voir : https://www.cnrtl.fr/definition/c%C3%A9dule  )
[2] Oblat : n.m., désignait autrefois l’enfant dont une famille faisait présent à un couvent pour qu’il y passe sa vie entière en y devenant moine ou moniale. (Voir : https://www.cnrtl.fr/definition/oblat )