mercredi 23 mai 2018

L'oracle.




Voyageur, toi qui m’interroge,
Voici ce que l’oracle a dit
Autrefois aux prêtres en toge
Et qu’à leur tour ils m’ont transmis.

« Aujourd’hui, naguère et demain
Peuvent bruire de cent nouvelles,
Mai s’amuse des hirondelles,
Fleurit l’iris et croît le lin.

De l’horizon à l’horizon
Les routes fuient et s’entrecroisent,
Passe le vent, pousse l’armoise,
Tout est folie ou déraison.

Ô Sage, que la dent-de-lion[1]
Qui pousse à tes pieds t’humilie :
Elle demeure et tout s’oublie
Même les ruines de Sion.

La mousse pare le rocher,
L’automne dore la fougère;
La parole est une étrangère
A qui le meilleur est caché. »

                               ***       


[1] Dent-de-lion : autre nom du pissenlit.

dimanche 20 mai 2018

Rengaine.




La vie, un jour de lassitude,
Bruissait aux feuillages nouveaux
Sa complainte d’incertitude
Et le printemps n’était pas chaud.

Rengaine, que le vent t’emporte
Bégayer au fil du ruisseau
Ou bien mendier de porte en porte
L’intérêt de quelque puceau.

Depuis que ce monde est le monde
C’est toujours le même refrain
Qui rit d’une fausse faconde
Et se répète avec entrain.

Les bois le repassent aux rues,
Le pavé le susurre aux toits,
On ne sait où le fleuve en crue
Va le porter – peut-être à toi ? -.

Toi qui, comme à ton habitude,
Le prendra pour argent comptant,
Sans noter sa décrépitude
Et t’en déclarera content.

                               *** 
      

jeudi 17 mai 2018

Inquiétant.




Le glissement furtif des heures
A quelque chose d’inquiétant
Dans la nuit des vieilles demeures
Où l’éternité vaut l’instant.

Comme un doute qui vous effleure,
Comme un reproche qu’on entend,
A peine une plainte mineure
Et quelque chose d’inquiétant.

Mais peut-être n’est-ce qu’un leurre,
Un écho vague et déroutant…
Négligeable… Et pourtant, pourtant,
De loin en loin quand il affleure,
Le glissement furtif des heures
A quelque chose d’inquiétant.

                               ***