mardi 21 août 2018

Le taratantara.




On dit qu’il produit
 un bruit de trompète[1],
Il s’est abattu
sur lui des tempêtes
Dont on peut encor
percevoir l’écho
Dans bien des traités
                               qui n’aiment pas trop
Qu’en deux fois cinq pieds
                               le décasyllabe,
Maladroit, s’avance
                               un peu comme un crabe
Honteux de venir
                               hanter le sablon
D’or blond des auteurs
                               de vers de salon.


Moi qui n’en fais
                               toujours qu’à ma tête   
Et qui n’eût jamais
                               vocation d’esthète,
J’ai bien du plaisir
                               à l’utiliser.
Allons, qui me suit ?
                               Qui voudra l’oser ?
Qui prendra le risque
                               et aura l’audace
De braver l’arrêt
                               des juges en place
Et narguant leur goût
                               autant qu’il se peut,
En pareil essai
                               de sourire un peu ?

                               ***      
 


[1] Le vers de dix pieds (décasyllabe) partagé en deux moitiés (hémistiches) égales de cinq pieds chacune est une forme peu utilisé de ce mètre, souvent considérée comme peu harmonieuse. Bonaventure DESPERIERS (1510-1543 ou 44) l’affubla du nom de tarantatara ou taratantara, onomatopée sensée reproduire le son produit par chacune de ses hémistiches. Voir notamment : Modestes observations sur l’art de versifier - Clair TISSEUR- Lyon – Bernoux et Cumin – 1893 – P. 66-70.

lundi 20 août 2018

L'original.




La plus part aime mieux marcher
Sur des routes de grand passage,
Heureux d’avoir un voisinage
Pour paysage
De leur lever à leur coucher.

Ils n’aiment guère le chardon,
La ronce, l’ortie et l’ornière
Des sentiers qu’un jour reconquièrent
Les fondrières
Ou bien la herse des sillons.

Ils n’aiment guère les nuages
Qui se font et qui se défont,
Qui se dissolvent ou s’en vont
Vers l’horizon
Sans emporter un seul bagage.

Ils n’aiment guère l’impromptu,
Ni l’incertain, ni l’éphémère,
Ni le manque d’itinéraire
Autoritaire,
Ni l’absence du déjà-vu.

                               ***        

Un soir de février.




Le crépuscule bleu d’un soir de février
Tranquille et silencieux se glisse dans la pièce,
J’ai marché tout au long d’un jour ensoleillé,
J’ai le corps fatigué et le cœur en liesse.
J’ai mon content de neige et d’arbres dépouillés,
De montueux chemins, de routes où l’on glisse,
De vignobles voisins et de lointains glaciers
Et d’un froid à percer les meilleures pelisses.
Dans cette pièce chaude où l’ombre s’épaissit,
Ma plume est paresseuse et mon esprit s’envole
Vers d’autres horizons ; en un mot je somnole
Assez profondément et pourtant mal assis.
Là-bas au bord du lac scintillent des lumières,
Tout un monde brillant quand le mien est obscur
Et tourne lentement entre ces quatre murs
Un soir de février de ma longue carrière.

                        ***