lundi 16 juillet 2018

L'amour cynique.




De tous temps l’amour fut bavard,
Usant feuilles, plumes, buvards
Pour des strophes ou des tirades
Dont je ne sais combien sont fades.
Que d’airs , de couplets convenus
Où l’art joue un rôle ténu !
Et qui tous s’en viennent de même
Proclamer, dire, affirmer : « J’aime ».
-Allons bon !- « J’aime ! » Et puis après ?
Venez y voir d’un peu plus près.
Que cherche à cacher leur dentelle ?
A la fin que vous disent-elles
Ces rimes que l’on vous écrit ?
Ce que l’on rêve d’avoir pris.

                               ***

Un souvenir.




Amour, mon bel Amour, n’irons-nous pas ensemble
Retrouver le soleil et l’ombre de l’été
Et le bord des ruisseaux où le feuillage tremble
Dans la brise d’un jour mille fois raconté ?

Où marchions-nous tous deux quand la rose trémière
Comme les nymphéas, sentant le soir venir,
Semblaient sous nos regards s’ouvrir dans la lumière
Et dire notre émoi pour mieux le retenir ?

Amour, mon bel Amour, comme les beaux jours passent,
La neige est arrivée et le froid de l’hiver,
Nous sommes séparés, voici que l’an s’efface,
Nos ruisseaux ont gelé, nos chemins sont déserts.

                        ***      

Sagesse de Mai...




Sous un ciel gris, il pleut sans cesse à verse
Et le vent froid pleure dans les greniers
En murmurant un chant triste que berce
Un printemps de misère, un printemps oublié.

De trottoir en trottoir, de rue en rue,
Reflets de plomb, terne éclat de l’étain,
Les flaques d’eau, les caniveaux en crue
Dessinent le décor d’un monde éteint.

Je ne vois pas le mauve des glycines,
Je ne vois pas le bleu-gris des lilas,
Dans les jardins que ce temps assassine
Nul ne choisit, on prend ce que l’on a.

Bien sûr la ronce est de cette partie,
Le sèneçon, la mousse et le mouron
Et le chardon le dispute à l’ortie ;
Qu’aura-t-on comme fleurs ? Le liseron…

« Profite de l’instant » dit la sagesse,
De tout instant et en toute saison,
Elle qu’aucun déluge ici n’oppresse.
Quoiqu’il en soit la Sagesse a raison !

Je le sais bien. Voilà pourquoi je peste :
Mai dans un an pourra se porter mieux
Mais quant à moi, pour autant que je reste,
Eh bien je me retrouverai plus vieux.

                               ***  
     

dimanche 15 juillet 2018

Le dernier.



J’écris volontiers de l’amour
Comme feront toujours les hommes
Quand ils voudront faire la cour
Ou qu’ils se souviendront qu’en somme
En ce monde rien n’est plus grand,
Plus merveilleux, plus désirable,
Que rien n’est plus désespérant
Ni ne vous rend plus misérable…

Pour peu que n’avons-nous donné
Quand nous étions déraisonnables ?
De mes amours le dernier né
Sera le seul irremplaçable.
Il s’appelle Fidélité
Et s’il est don, s’il est promesse,
Il est aussi de volupté,
De joie, d’espoir et de tendresse.

                               ***