lundi 9 juillet 2018

Un soir en ville.




J’aime la ville où les soirs sont multicolores
Sur fond de ciel bleu noir où le jour traîne encore
Et les ombres sans voix qui peuplent sa rumeur
D’un pas pressé, l’indifférence au fond du cœur.

J’aime l’ombre d’hiver, au carreaux comme un cerne
De résignation douce et de fatigue terne
Et l’eau noire déjà qui poursuit ses reflets
De rose et d’occident aux bords tristes des quais.

J’aime les pavés gris qu’un crépuscule tendre
A souligné de bleu quoique on n’y puisse entendre
Que le bruit du passage et son chant monotone
Quand les voitures fuient dans le soir qui résonne.

Il doit bien demeurer à tous ceux qui travaillent
Deux heures pour le moins avant qu’ils ne s’en aillent
Vers des foyers sans nom et des mots convenus ;
Je suis celui qui passe et que l’on n’a pas vu.

                               ***

La formule magique.




Les monts chevauchent l’horizon bleuté,
Le soleil court au travers des nuages
Et le vent froid file sans s’arrêter ;
Les monts chevauchent l’horizon bleuté.            

Si je pouvais me faire oiseau sauvage
Pour m’en aller là-bas en liberté !

Un magicien m’a dit : Ta volonté
Et ton cœur peuvent tout et davantage
Voici les mots qu’il te faut écouter.
Moi de croire à cela je n’ai plus l’âge…

Ces mots, pourtant, je les ai répétés
Avec au cœur un désir sans partage.

Comme un fétu, me voici transporté
Au gré d’un souffle de passage ;
En la lumière où je me sens flotter,
Je suis l’oiseau, l’ombre dans son sillage,
Le lointain vierge et le vent indompté.

Les monts chevauchent l’horizon bleuté,
Le soleil court au travers des nuages.

                               ***       

dimanche 8 juillet 2018

Histoires courtes III - Le fin mot de l'histoire.




Dans une lumière voilée,
Ni joyeuse, ni désolée,
Chaque jour chasse le suivant,
Calme, bien sûr, mais décevant.

Le bourdon lointain qui résonne
M’indiffère et pour qui s’étonne
Je dirai qu’il en est ainsi
D’à peu près tout le reste aussi.

Je n’ai pas le présent en tête
Et du passé que je feuillète
Par habitude et sans entrain,
Que dire si l’on m’y contraint ?

Que de ses heures familières
Je ne retire rien ou guère…
Et que reste-t-il plus avant
De grandiose ou de captivant ?

L’amour, l’aventure ou la gloire ?
La lutte et au bout la victoire ?
Ces rêves ne sont plus les miens ;
Pour dire vrai je dirai : rien.

Il se tut mais reprit encore :
Ceci vous explique cela
Et puis son regard se voila…
Qui donc était-il ? Je l’ignore.

                               ***