samedi 26 août 2017

"Histoire comme chat."





Un chat très noir s’en va tout seul
A pas feutrés dans la nuit tiède ;
Avec l’ombre qui le précède
Et les nuages pour linceul,
Le jour s’enterre sans façon
Et le chat noir part à la chasse.
Monté sur de longues échasses
Pour aller loin, les polissons,
Des projets tournent dans ma tête ;
Le chat marche avec précaution
Vers on ne sait quelle passion
Et les lampadaires projettent
Une pitoyable clarté
Aux reflets de mauvais augure
Sur les toits rangés des voitures
Dans la chaleur d’un soir d’été.
Le chat noir prudemment se glisse
De pare-choc en pare-choc ;
Pourrions-nous faire un peu de troc ?
Échanger un instant nos vices ?
Moi j’irais chasser le mulot
Ou la souris, saine entreprise,
- La nuit elles sont toutes grises –
Et versifier serait son lot.
Hélas, le chat n’est pas poète
Et le poète n’est pas chat,
Ma plume rêve d’entrechats
Et le chat peut-être de couette.

                               ***                       

jeudi 24 août 2017

Au camp.





Dans le ciel noir, combien d’étoiles ?
Il règne un silence profond,
La lune brille sous son voile
D’ivoire ancien, j’écris du fond
D’un camp de soldats en Bourgogne.
Sans l’avoir voulu je suis là,
Que l’on s’amuse ou que l’on grogne
Il faut prendre ce que l’on a.

                               ***         

mardi 22 août 2017

De minuit au matin.



(Eglise St-Jean - Strasbourg - Alsace.)

Seul minuit m’est silence,
Refuge de tranquillité,
Quand l’heure à pas comptés
Va vers son échéance
Et quand mes quatre murs
S’animent des pensées
Et des espoirs obscurs
Que cachait ma journée.
Ma foi, dans ces moments
Comme tout est facile,
Le malheur fuit, clément,
L’effort est inutile.
Dommage qu’au matin
Le rêve s’effiloche
Ne laissant en mes mains
Qu’un regret que j’empoche.

                               ***        

dimanche 20 août 2017

Saisons.




Dans le ciel passent les saisons,
Saisons du temps et de nos vies
Comme passent nos décisions
Et comme passent nos envies.

Nous ressemblons aux frondaisons
Que la lumière magnifie,
Plus riches d’or que de raison,
Que l’hiver bientôt humilie
Car ainsi passent les saisons.

Et des flammes de nos passions
Un beau soir en l’âtre, assoupies,
Nous voyons fumer les tisons,
Notre maison s’est endormie,
Elles ont fui sans exception...
Dans le ciel passent les saisons.

                               ***

Un bateau de papier.



(Le Pouldu - Bretagne.)

De papier j’ai fait un bateau
Pour qu’il descende la rivière,
Pour qu’il descende le ruisseau,
Sa course devait être fière
Mais que voulez-vous, il prend l’eau.

C’était une mauvaise idée,
Ce pauvre esquif n’ira pas loin ;
Le long de la rive bordée
De saules taillés avec soin
Il ne tiendra pas la journée.

Il disparaîtra sans un mot
Au pied d’un chêne séculaire
Ou bien peut-être d’un ormeau
Sans avoir connu l’estuaire
Où, le fleuve oubliant la rive,
La vague et l’horizon arrivent.

Et la vague avec l’horizon
Disent tous deux le même nom,
Celui que portait ce navire
De papier qui là-bas chavire
Et tous ceux qui devront tenter
La même course : « Liberté ».

Mais le suivant sera de toile
Avec une coque de bois
Pour s’en aller loin à la voile,
Loin, très loin de ces bords étroits.
Si celui-là aussi se perd
Je ferai le dernier de fer,
De chaudière comme d’hélices
Afin que son étrave glisse
Par les tempêtes au travers
Jusqu’à parvenir à la mer
Pour laquelle il fut baptisé,
D’un nom si souvent refusé.

                               ***