jeudi 19 novembre 2020

Le vieux livre.

 

 

 
 

Le livre est en mauvais état,

Il appartenait à mon père

Qui pour l’acquérir n’avait pas,

A l’époque, d’argent ou guère.

J’imagine qu’il l’acheta

Lorsqu’il s’en revint de la guerre ;

Quarante-six, on l’imprima,

Pour qui fut-il une « première » ?

Je ne sais qui le maltraita,

-C’est peut-être à force de plaire

Que tout le dos s’en déchira-,

Ni sur quel étal terre à terre

Mon père à la fin l’acheta.

Ce soir mon cœur est une pierre

Et je parcours de ci delà

Tout ce que lui aussi naguère,

Page après page, feuilleta,

Point de mire ou point de repère,

Malgré le temps qui s’envola,

Ces pages où mon cœur se serre

D’aimer encor ce qu’il aima

Sont dans Alcools d’Apollinaire.

 

                               ***       

 

mercredi 11 novembre 2020

Des automnes.

 

 


 

Il est un automne du temps,

Il en est un autre de l’homme,

Tous deux semblables ou tout comme

Dont je me tiens pour mécontent.

 

Contre chacun je récrimine

A ma façon et tout autant,

Tous deux s’en viennent apportant

Ce que sans peine l’on devine,

 

Dont je me tiens pour mécontent.

 

Le pire est le plus important :

Tous deux prédisent un autre âge

Semblablement d’ordre et d’usage,

L’un durable et l’autre pas tant

 

Dont je me tiens pour mécontent.

 

Il est un automne du temps,

Il en est un autre de l’homme,

De ceux de l’un l’autre est la somme

Que l’on ne vit qu’en décomptant

 

 Dont je me tiens pour mécontent.

 

                               ***

 

 

mercredi 4 novembre 2020

Amour automnal.

 

 


 

La pluie et le ciel gris têtu

N’ont pas de quoi nous rendre tristes,

Les toits par l’averse battus,

Les matins où l’ombre persiste,

Qu’est-ce d’autre que la saison ?

Et une saison où les hommes

N’ont ni plus ni moins de raison :

Rien d’autre qu’un nouvel Automne.

Mon amour, au fond de mon cœur,

Que penses-tu que cela change ?

Pourquoi le froid te fait-il peur ?

De tout cela rien n’est étrange,

La longueur de la nuit n’est rien

Puisqu’il nous demeure une aurore

Et puisque le printemps revient,

Revient toujours, revient encore

Et que le jour ou bien la nuit

C’est un peu du pareil au même

Quand sur le chemin que l’on suit

Nous pouvons redire : « Je t’aime. »

 

                               ***