vendredi 7 février 2020

Promenade en Bretagne.



(Île d'Ouessant - Bretagne.)

Les nuages qui s’allongent et passent
En leurs gris lointains reflètent la mer,
Dans les champs vides les sillons retracent
Docilement les chemins de l’hiver.

Horizons lumineux où le vent joue,
Flaques des chemins creux au ciel de plomb,
Trois pas dans l’herbe et trois pas dans la boue
De la colline au hameau de maisons.

Et le ruisseau qui longe la chapelle,
Clocher d’ardoise et fronton mordoré,
En fuyant sous le pont sans fin rappelle
Comme un office à peine murmuré.

Un oratoire, autrefois une foule
Mais cette après-midi mon seul regard
Et le vent qui s’en vient parler de houle
Dans le soleil qui s’approche et repart.

                               ***

jeudi 6 février 2020

Qu'est-ce que c'est ?



(Strasbourg - Quai Schoepflin.)

Fantasque, aventureux,
Abscons et poussiéreux,
Broussailleux et candide,
Le poème dévide
L’inutile écheveau
Des rimes et des mots,
Des horizons d’images,
Des esquisses volages,
Des songes indécis,
Des plaisirs imprécis
Et mille autres sottises
Dont entre elles devisent
Les rimes des couplets
-Pour autant qu’il y en ait-,
Les coupes, les cadences
Et ces lignes qui dansent,
Légères, sous vos yeux ;
Comment vous dire mieux,
Qu’on le déteste ou l’aime,
Ce que c’est qu’un poème ?

                               ***  
     

Souvenir d'exil - Suite.




Dix-sept heures, mon thé, une chambre d’emprunt,
Quatre murs étrangers sentant le marécage,
Un automne présent par défaut de chauffage
Et moi, parti de loin, dont c’est le lot commun.

Moi qui n’ait rien de sûr, moi qui suis de passage,
Moi qui sait que les mots, eux, seront importants
Mais jamais le stylo et l’endroit pas vraiment,
Moi qui suis presque heureux de ne pas être sage.

Ce soir est silencieux, demain est inconnu,
Je n’ai guère avec moi que ce fardeau d’absences
Qu’un nouveau lit endort avec indifférence
En des lieux qui jamais n’en ont rien retenu.

Ces chambres, pauvrement, accueillent l’éphémère,
Ce qui ne bâtit pas et ce qui n’attend rien ;
L’instable et le hasard, voilà ce qui est mien,
Je voulais un foyer et je vis du contraire.

Quand parfois la tristesse, en s’invitant le soir,
Me fait ressouvenir de mes rêves insignes,
J’ai pour ami de cœur tous les mots que j’aligne
Et pour me consoler leur chant joyeux ou noir.

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