vendredi 17 août 2018

Le moulin de Cougnaguet .



Dans un vallon profond
Qu’entourent des falaises
L’Ouysse[1] se morfond
Ou serpente à son aise.

Au bout de son cours frais
Un vieux moulin se dresse
Où tremblent les reflets
Dans le flot qui se presse.

Ce moulin fortifié
En paix dessous l’ombrage
Est un vieil ouvrier
Toujours à son ouvrage.

Dans le même décor
Que les siècles patinent
La meule tourne encor
Pour moudre la farine.

La pierre accompagnant
L’Ouysse cristalline,
Fredonne le beau chant
Des saisons sans famine,

Et des greniers remplis,
Quand les hommes n’ont cure
Des mois en blanc surplis
Et de Dame Froidure.

Il redit les couplets
De ces jours d’abondance
Rare et puis nos regrets
Devant leur inconstance.

             ***


[1] Le moulin de Cougnaguet,  construit au XIVe siècle par des moines sur la petite rivière l’Ouysse, se situe dans le Lot, en Quercy.

mercredi 15 août 2018

Comparaison.




Regardez-nous passer, jeunes gens d’aujourd’hui,
Nous étions le matin, nous annonçons la nuit.
Regardez, avec nous passe aussi tout un monde,
Irrémédiablement ainsi que passe l’onde
Du fleuve majestueux ou du petit ruisseau
Et ce qui, comme nous, s’éloigne au fil de l’eau,
C’est une façon d’être, un savoir, des manières.
Comme le jour décline aux plombs d’une verrière
Ce qui passe avec nous c’est le goût de l’instant,
C’est ce temps qui savait toujours prendre son temps,
C’est un peu du sourire, un peu de l’indulgence,
Un peu de l’art de vivre ou son intelligence…
C’est un peu du plaisir, c’est beaucoup de la paix,
Presque rien du désir mais beaucoup du regret ;
Dites-moi contre quoi le Destin vous le troque
Et vous verrez alors qui de l’autre se moque.

                               ***

samedi 11 août 2018

Un réveil difficile.




Je m'endors plein d'ardeur et me lève autrement
Dans cette solitude où règne l'impuissance,
Où le faux et le vrai sont de la même essence,
Où mille jours enfuis pèsent également.

Oui, j'ai rêvé de vous comme rêve un amant
Et j'ai brûlé du feu d'anciennes réjouissances,
Mille moments perdus, mille anciennes absences
Ne peuvent altérer semblable sentiment.

Savez-vous ce que vaut, quand le temps vous oppresse,
Un mot de réconfort, un moment de tendresse ?
Savez-vous ce que c'est que d'attendre un regard ?

Oui, j'ai rêvé de vous, une nuit de jeunesse,
Exaspérante et douce et folle à tous égards
Que ce matin dément sans aucune finesse.

                        ***