jeudi 1 juin 2017

Le bon Saint-Frusquin (fatrasie) .



(Villa Melzi - Bellagio - Lac du Côme - Italie.)

Et je m’en vais à la cascade
Comme brindille à l’arraché ;
Seigneur, que les figues sont fades
Tout juste après le détacher.
Il ne faut guère à la moutarde
Pour trouver chapon à son pied.
Beau vigneron si ton moût tarde
Je te rendrai mon tablier,
Moi qui rêvais d’un coup de foudre,
Ayant la lie au lieu du lit
Il ne me restera qu’à coudre
Mon déconfort à mon surplis
Et je ferai triste figure,
Couenne et jambons ébarbillés,
Trogne défaite et pauvre hure
Aux marches du grand escalier.
Que le bon saint-Frusquin, mon maître,
Le voyant me prenne en pitié :
Pas plus que mes glorieux ancêtres
Je n’ai de bon sens grand-métier.

                               ***


[1] Fatrasie : genre poétique développant une trame fantasque ou absurde où le son compte plus que le sens, il est surtout usité au moyen-âge.

Que Faire ?



(Parc de la villa Melzi - Bellagio - Lac de Côme - Italie.)

Riez aux rires du destin,
Jouez au jeu de l’existence,
Que le but soit ou non atteint
Poursuivez avec insistance
Le dessein qui vous tient à cœur.
Tachez de vous aimer vous-même,
Laissez à d’autres la rancœur,
Semez tout comme le vent sème
Sans vous préoccuper de rien.
Allez au gré de vos envies
Qu’importe « comment » et « combien » ?

Pourquoi mettre en prison la vie ?
N’allez pas fréquenter surtout
 Les rigides et les moroses
Qui s’inventent une corde au cou
Et ne comprennent rien aux choses,
Prenez au mieux tout ce qui vient,
Oubliez ce qu’on vous révèle,
Trouvez que les femmes sont belles
Et surtout caressez les chiens !

                               ***

Un air.



(Lac de Côme - Italie.)
C’est un air à demi-perçu
Que l’on a de si longtemps su
Et dont les notes sont lointaines,
Mélancoliques et sereines.
Un air de la fin de l’été
Qui ne fait que se répéter
Et qui pourrait dire « je t’aime »
Ou que le temps passe, de même ;
Un air qui reprend et s’éteint,
Qui vous délaisse et vous étreint
Comme une étrange barcarole
Pour rimes vagues et paroles.
C’est un air souvent incertain,
A jamais cher et indistinct
Où passent l’aurore incrédule
Et la douceur du crépuscule,
Comme avec eux bien des regrets,
Bien des espoirs, bien des retraits
Et tant d’amour et tant d’attente
Que rien jamais ne les contente.

                               ***        

Ballade à méditer.



(Lac de Côme - Italie.)


Ballade à ceux qui se perdent en réflexions :
A quoi vous servira la pénible escalade
Du lointain Ararat comme du mont Sion,
Vous n’en aurez jamais bien vu que la façade
Ce qui me semble peu comme satisfaction
Après l’éreintement de pareille escapade ;
Réfléchir n’est pas bon !

A quoi bon vous poser d’inutiles questions ?
Lorsque je bois, je suis, et d’ailleurs moins maussade
Que vous, qui discourez de vaines prétentions.
La sagesse ? L’esprit ? Quelles enfarinades !
Je vous concède volontiers leur détention,
Maigre et triste repas que cette marmelade ;
Réfléchir n’est pas bon !

Cherchez la vérité, suivez votre passion,
Échangeant entre vous dépits et algarades,
Flattez-vous de discours et de démonstrations,
Je vous le dis, je préfère d’autres aubades.
Rire, aimer et manger sont des récréations
De meilleur goût ; je vous laisse vos estrapades ;
Réfléchir n’est pas bon !

Princes hautains d’inutiles révélations
Qu’un peu de temps passé vous change en galéjades,
Je vous fais le présent de cette affirmation,
Si réfléchir transforme la vie en brimade :
Réfléchir n’est pas bon !

                               ***        

jeudi 18 mai 2017

Graines et Moissons.





La graine en son sillon semée
Doit affronter la longue attente
Des mois où la terre patiente
Dessous la froidure enfermée.

L’hiver ne peut pas l’entamer,
Elle ignore le mot « espoir »
Mais quand vient l’heure de vouloir
Chaque printemps la voit germer.

Je voudrais qu’il en fût ainsi
De la joie au fond de nos cœurs
Et même encore que ceux-ci
Soient plus fertiles et meilleurs

Que ne le sont les champs d’ici
Et que nous sachions la façon
D’y faire se lever aussi
De plus opulentes moissons.

                               ***

mercredi 17 mai 2017

Le Début et la Fin.



Un jour votre chemin commence,
Un jour semblable il s’interrompt,
Entre les deux : une existence ;
Un jour votre chemin commence.

De tous ces jours sans ressemblance,
Vous ne savez ce qu’ils seront,
Ou récompense ou pénitence,
Ou le bien, le mal qu’ils feront.

L’un musarde et l’autre s’élance,
Mêmement tous ils s’en iront ;
Un jour votre chemin commence,
Un jour semblable il s’interrompt.

                               ***