samedi 3 août 2019

Un soir au café.




La lumière était douce au-dessus de la table,
La nuit montait dehors et sans doute il pleuvait,
Je sais pour bavarder des lieux plus agréables ,
Puisque vous y étiez celui-là me plaisait.

Il émanait de vous une beauté tranquille,
Des paillettes de rire y brillaient çà et là,
L’heure s’alanguissait aux montres inutiles
Et je vous contemplais songeant à tout cela.

Le silence faisait et défaisait le monde,
Dans ce café du soir sans rien que de banal,
Une image lointaine autant que vagabonde
Dansait auprès de vous -était-ce bien normal ?-

Vous étiez dans ma nuit comme un semis d’étoiles,
Vous étiez un royaume au cœur de l’incertain,
Au navire attendu la promesse des voiles,
Au pèlerin fourbu le terme qu’il atteint.

J’évoque ce moment aux heures de pénombre
Où, comme trop souvent, je vous cherche des yeux
En vain, quand tant et tant de souvenirs m’encombrent
Que même aimé de vous je ne suis plus joyeux.

                               ***

Morose.




Ce papier qui sait mon humeur
Y compatit sans moquerie,
Des mots dont je suis le semeur
Se pourrait-il qu’un seul en rie !?

Aussi, plume, cahier,
Buvard et encrier,
Carnets et compagnie
Je vous en remercie !

Et vous discours et vous paroles,
Vous soliloques, apartés,
Que mon silence au moins désole,
Je sais enfin sur qui compter.

Feuilles, feuillets et pages,
Grands et petits ouvrages,
A tous, sans distinction,
Merci pour votre onction !

Merci à vous, gomme et crayon,
A vous corrections et ratures,
Notes éparses et brouillons
Qui pardonnez à ma nature.

Merci belle chanson
Au refrain de patience
Dont tous les couplets sont
Ce soir ma seule audience !

                               ***        

Conseils à un jeune poète.



(Portail de la cathédrale de Chartres.)

D’abord prenez un mot, le premier qui vous vient ;
Réfléchissez un peu. Vous l’avez fait ? C’est bien.
Vous tenez une histoire, il vous faut une rime,
Réfléchissez un peu. Vous l’avez ? C’est sublime !
Recommencez cent fois le même processus :
Vous êtes un poète, il ne faut rien de plus
Mais s’il vous arrivait, quelquefois, d’aventure,
De manquer d’une rime, allons, je vous rassure,
Qui donc vous en voudra ? Laissez la de côté,
Poursuivez votre ouvrage avec sérénité.
D’ailleurs, pour progresser, à l’étape suivante,
Estimant que la lettre est toujours décevante,
Que ce qui compte au fond, c’est avant tout le fond,
Faites à votre tour ce que les autres font.
Affranchissez-vous en et rédigez vos lignes
Comme chacune vient, c’est une règle insigne,
Voilà qui fait de vous un talent prometteur
Et si vous rêvez d’être un des plus grands auteurs
Il ne vous manque plus, et vous pouvez m’en croire,
Que de vous faire obscur pour tutoyer la gloire.

                               ***