jeudi 4 avril 2019

Une page de mots.



(Château de Chambord - Lever du soleil.)


Les mots ont le parfum du temps,
Ils ont les nuances de l’âge,
Ainsi « passé » de ce langage
Va se transformer en « antan ».
Ils sont aussi d’une province,
Ils sont encor d’une saison
Et la neige qu’Avril évince
Et l’Autan[1] me donnent raison.
On n’écrit jamais qu’en images
Au gré des syllabes du chant ;
Comme les sillons sont au champ
Ainsi les mots sont à la page :
Une moisson lente à venir
Sur une terre de promesse
Qu’aucun siècle ne peut ternir
Et qu’aucun homme ne délaisse.

                               ***       


[1] L’Autan est un vent particulier à certaines régions du sud de la France, voir : http://www.cnrtl.fr/definition/autan


mercredi 3 avril 2019

Feu la lettre.




Infatigable, la plume
Couvre une feuille de papier ;
C’était autrefois la coutume
Quand on répondait au courrier.

Des farfelus prétendent même
Qu’à cette époque on s’en servait
Pour ce qu’on nomme des poèmes
Sans qu’on sache trop ce que c’est.

Cette feuille il fallait la mettre
Dans un étui pour l’envoyer,
Le tout s’appelait une lettre :
C’est archaïque et oublié.

Il paraît qu’on aimait s’y dire
Mille choses tranquillement
Et que l’amour savait écrire,
Je me demande bien comment…

Ce brave homme que je regarde
S’occuper à tracer des mots
A l’heure où plus rien ne se garde
M’apparaît bien « hors de propos ».

                               ***

Le Printemps gris.




Il pleut dans un matin gris
Et c’est très bien ainsi :
Ni saut du lit fébrile,
Ni promenade inutile ;
Le Printemps se fait pensif,
Plus réservé, moins vif,
Il se promène en rimes,
Plus songeur et plus intime,
Une écharpe autour du cou
-Il fait beaucoup moins doux-   
Et regarde la pluie
Qui tombe et qui s’ennuie
Peut-être un peu malgré tout
De rythmer, régulière,
Dans sa pâle lumière,
Des matins passe-partout.

                               ***