lundi 23 novembre 2020

Soir d'hiver.

 

 


 

C’était un soir d’hiver, d’un hiver blanc,

Je sais, il n’y en a plus tellement,

La ville refermait sur elle-même

Un crépuscule à la fois sombre et blême

Et tout semblait soudain et à la  fois

Banal et triste, indifférent et froid,

Le rideau peint du décor d’une scène

Sans lendemain dans un théâtre en peine.

Un soir du dernier mois au bout de l’an,

Vide à se demander où sont les gens

Ou si la fin du monde est survenue

Sans que votre âme ait été prévenue

Suffisamment à temps, comme il se doit,

Pour se remettre à Dieu et à la Foi,

C’était un soir humide et famélique,

La ville refermait sur elle-même

Ses toits lointains et ses rues incertaines

Et je rentrai chez moi mélancolique…

 

                               ***       

jeudi 19 novembre 2020

Le vieux livre.

 

 

 
 

Le livre est en mauvais état,

Il appartenait à mon père

Qui pour l’acquérir n’avait pas,

A l’époque, d’argent ou guère.

J’imagine qu’il l’acheta

Lorsqu’il s’en revint de la guerre ;

Quarante-six, on l’imprima,

Pour qui fut-il une « première » ?

Je ne sais qui le maltraita,

-C’est peut-être à force de plaire

Que tout le dos s’en déchira-,

Ni sur quel étal terre à terre

Mon père à la fin l’acheta.

Ce soir mon cœur est une pierre

Et je parcours de ci delà

Tout ce que lui aussi naguère,

Page après page, feuilleta,

Point de mire ou point de repère,

Malgré le temps qui s’envola,

Ces pages où mon cœur se serre

D’aimer encor ce qu’il aima

Sont dans Alcools d’Apollinaire.

 

                               ***       

 

mercredi 11 novembre 2020

Des automnes.

 

 


 

Il est un automne du temps,

Il en est un autre de l’homme,

Tous deux semblables ou tout comme

Dont je me tiens pour mécontent.

 

Contre chacun je récrimine

A ma façon et tout autant,

Tous deux s’en viennent apportant

Ce que sans peine l’on devine,

 

Dont je me tiens pour mécontent.

 

Le pire est le plus important :

Tous deux prédisent un autre âge

Semblablement d’ordre et d’usage,

L’un durable et l’autre pas tant

 

Dont je me tiens pour mécontent.

 

Il est un automne du temps,

Il en est un autre de l’homme,

De ceux de l’un l’autre est la somme

Que l’on ne vit qu’en décomptant

 

 Dont je me tiens pour mécontent.

 

                               ***