jeudi 6 février 2020

Qu'est-ce que c'est ?



(Strasbourg - Quai Schoepflin.)

Fantasque, aventureux,
Abscons et poussiéreux,
Broussailleux et candide,
Le poème dévide
L’inutile écheveau
Des rimes et des mots,
Des horizons d’images,
Des esquisses volages,
Des songes indécis,
Des plaisirs imprécis
Et mille autres sottises
Dont entre elles devisent
Les rimes des couplets
-Pour autant qu’il y en ait-,
Les coupes, les cadences
Et ces lignes qui dansent,
Légères, sous vos yeux ;
Comment vous dire mieux,
Qu’on le déteste ou l’aime,
Ce que c’est qu’un poème ?

                               ***  
     

Souvenir d'exil - Suite.




Dix-sept heures, mon thé, une chambre d’emprunt,
Quatre murs étrangers sentant le marécage,
Un automne présent par défaut de chauffage
Et moi, parti de loin, dont c’est le lot commun.

Moi qui n’ait rien de sûr, moi qui suis de passage,
Moi qui sait que les mots, eux, seront importants
Mais jamais le stylo et l’endroit pas vraiment,
Moi qui suis presque heureux de ne pas être sage.

Ce soir est silencieux, demain est inconnu,
Je n’ai guère avec moi que ce fardeau d’absences
Qu’un nouveau lit endort avec indifférence
En des lieux qui jamais n’en ont rien retenu.

Ces chambres, pauvrement, accueillent l’éphémère,
Ce qui ne bâtit pas et ce qui n’attend rien ;
L’instable et le hasard, voilà ce qui est mien,
Je voulais un foyer et je vis du contraire.

Quand parfois la tristesse, en s’invitant le soir,
Me fait ressouvenir de mes rêves insignes,
J’ai pour ami de cœur tous les mots que j’aligne
Et pour me consoler leur chant joyeux ou noir.

                               ***   
    

Sans retour.




Des arbres sont tombés au dernier coup de vent,
D’autres seront plantés, tout sera comme avant…
On aimerait le croire et ce n’est pas possible,
Silhouette bien sûr, nuances et reflets,
Mille points de détail qu’on ne décrit jamais,
Manquent soudain et c’est irréversible.
Ce que l’on connaissait « de toute éternité »
Appartient au passé mais comment l’accepter ?

Palais et monuments, villes comme villages,
Les gens évidemment, même les paysages,
Tous doivent s’incliner devant la dure loi
Qui sépare à jamais aujourd’hui d’autrefois.

La flamme d’un regard et les traits d’un visage,
Le plus fidèle amour ne sont que de passage,
Et les vers du poète et la gloire des rois,
La force du guerrier et du savant la science,
De l’homme l’ambition, de l’enfant l’insouciance
Et la misère aussi de nos jours trop étroits.
L’arbre à peine tombé, voici qu’on le remplace
Et que le souvenir du précédent s’efface.

                               ***