mardi 24 mars 2020

Souvenir vénitien.



(Venise - Église du Redentore.)

Un crépuscule vénitien
Où le Redentore[1] s’efface
Dans la brume du soir qui vient.
Tout près, Hier murmure à voix basse :
« Regarde en prenant l’air de rien,
Voici Casanova[2] qui passe…
On dit qu’au dernier carnaval
Il a pris une autre maîtresse,
C’est celle aussi d’un cardinal,
La plus belle voix de la messe
Dans un couvent et c’est très mal
Oui, partout, mais pas en l’espèce.
Vois donc ce siècle finissant
Au bord de la Sérénissime
Que les duc-d’Albe[3] pourrissants
Tout le long des chenaux expriment
Avec un relief saisissant !
Venise n’est plus maritime,
Ses galères ont disparu
Comme a disparu son commerce
Mais les nuits de fêtes ont crû
Et tous les vieux palais s’y bercent
D’un rêve interdit aux intrus
Et de dissipations diverses. »
La nuit tombait sur ce tableau
Aux nuances très « dix-huitième »,
Hier s’en alla en glissant sur l’eau
Où scintillait comme des gemmes
Le fanal de rares bateaux…
Et c’est un souvenir que j’aime.

                               ***


[1] Le Rédempteur, « Redentore » est une église de Venise construite sur l’île de la Giudecca en face du centre de Venise à la suite d’un vœu pendant l’épidémie de peste de 1575.
[2] Giacomo CASANOVA (1725-1798), le célèbre aventurier et séducteur.
[3] Duc-d’Albe : n.m., il s’agit de pilotis, àVenise des poteaux de bois réunis par trois et marquant un chenal navigable sans haut-fond.

lundi 23 mars 2020

Sonnet de circonstance.



(Le cloître de Moissac - Tarn et Garonne.)

Il faut profiter des moments
Que parfois le sort vous procure
Pour écrire et n’avoir pas cure
S’il le fait ou non gentiment.

J’en sais de plus reclus vraiment,
Derrière une porte à serrures
Ou sous un capuchon de bure ;
Ma cellule a ses agréments.

Aux fenêtres, pendant qu’il brille,
Le soleil transforme en vétilles
Tout ce qui n’est pas le printemps.

La nuit vous parle de l’absence
Mais la nuit je dors plus longtemps ;
Je me dis que c’est une chance…

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dimanche 22 mars 2020

Silences.




Lorsque j’écoute le silence
J’en découvre les variétés :
Il y a celui de l’absence ;
Lorsque j’écoute le silence

Je perçois celui de l’errance,
Celui de la sérénité
Et puis de l’espérance
Lorsque j’écoute le silence.

Je sais, pour l’avoir escorté,
Celui des muettes souffrances ;
Celui de la simplicité,
Lorsque j’écoute le silence,
M’est source de jouvence.

J’en sais un souvent irrité,
Un autre de réminiscences,
J’en sais même un de charité ;
Lorsque j’écoute le silence
J’en découvre les variétés .

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