lundi 4 novembre 2019

Au-delà.




J’aperçois une place
Bordée de marronniers
Où quelques maisons basses
Mais aux profonds celliers
Semblent clore un espace
De temps et de vie oubliés.

Le temps des imagiers
Ou le temps des rosaces
Et des maîtres verriers,
Des chanoines bonasses,
Des riches pelletiers
Et des marchands toujours sagaces.

En ces pavés s’enchâsse
Un pays coutumier
Que le regard embrasse
Au-delà d’un quartier
Dont les ruelles lasses
Ont fui le monde séculier.

Prudence, toi qui passe,
Ne va pas m’éveiller
Car je suis rancunier
Et d’une rancune tenace !

                               ***       

mercredi 30 octobre 2019

Littéraire.



(Château de Fontainebleau - Île de France.)

Comme une vieille couverture
Dont les pièces et les morceaux
Tiennent à peu près comme il faut
Par un miracle de couture,
Dont la trame apparaît ici,
Et dont les bords au bout s’effrangent ,
Un livre.
                Un livre très étrange,
Et plus. Une existence aussi.
L’auteur ? Il n’a pas d’importance,
Son nom ne nous apprendrait rien.
A la première page, un lien
Et comme un navire en partance ;
Un avant-goût de l’horizon.
Après ? Une page et tout change,
Les mots flamboient, les dieux se vengent,
Le vent emporte les maisons.
Et plus loin c’est un collier d’ambre,
Symbole de fidélité,
L’amour -que n’a-t-il pas coûté ?-
Et c’est la rose de novembre,
Sans doute un voyage inventé,
-Ce sont les plus beaux des voyages-
L’autre c’est un pèlerinage
Et il ne pouvait qu’exister.
Tout cela d’une même plume,
Un peu comme un fil conducteur,
Qui ne conduit pas à l’auteur
Mais qui peut-être le résume.
Et le tout si divers, si vieux,
Qu’à feuilleter cette reliure
On évoque une couverture
Rapiécée pour un besogneux.

                               ***

mardi 29 octobre 2019

Autrefois (classique).




J’étais bien malheureux, j’écrivis des sonnets !
Chaque fois, chaque fois, ma plume s’étonnait
Que sans difficulté les rimes soudain naissent,
Exaltent ma pensée et se suivent sans cesse.

Faut-il donc que la vie en mille points nous blesse
Pour que nous arrivions à rimer sans faiblesse ?
J’étais bien malheureux et je m’abandonnais
Au plaisir de l’écrire et je m’en étonnais.

Lorsque je les relis aujourd’hui, que vous dire ?
Je crois qu’il est des deuils qu’on ne doit pas décrire :
Certains sont trop profonds et d’autres sont trop niais.

Mieux vaut pour se calmer trouver un autre biais
Que d’ainsi rappeler en vos quatorze lignes
Ce qui n’est pas curable ou ce qui n’est pas digne.

                               ***