lundi 20 janvier 2020

Bâclé...




Les pieds dans l’eau, deux hérons cendrés philosophent :
« L’ablette se fait rare et même le goujon,
Quoique il soit assez doux, l’hiver est un peu long… »
Très bien, ceci m’achève une première strophe.

A contre-jour deux canards voguent sur l’étang,
Je me demande où, dans le Nord, le vent s’aiguise
Ainsi ; l’hiver aujourd’hui n’en fait qu’à sa guise
Et ce couplet ne m’a pas pris beaucoup de temps.

On dit que les castors ont dû ronger cet arbre,
Il est prêt de tomber. On parle au bord de l’eau
Et je vois défiler des passants en troupeau :
Pas besoin de graver ces vers-là dans le marbre…

Les bois en roux et gris, le ciel d’un bleu d’hiver
Le Rhin qui coule vers la mer du Nord, bonhomme,
Indifférent, majestueux ou bien tout comme ;
Qui protestera si… ce poème se perd ?

                               ***       

dimanche 19 janvier 2020

Souvenir des temps difficiles.



(Briançon.)

Il a neigé sur la montagne
Et les arbres sont blancs de givre,
Pas un signe dans ces campagnes
Que le printemps veuille revivre.

Je suis les chemins de l’exil
Pour m’en aller ou revenir,
En songeant :  « Quand finira-t-il ? »
Car je me sens et vois vieillir.

Je pense fort à ma maison,
Mais suis-je attendu quelque part ?
Depuis longtemps mon horizon
Est fait d’absence et de départs.

Aussi loin que mon regard porte
Règne un hivernal florilège,
Le froid ferme les forêts mortes,
Les sentiers dorment sous la neige.

Il a neigé sur la montagne
Et les arbres sont blancs de givre,
Pas un signe dans ces campagnes
Que le printemps veuille revivre.

                               ***        

Il s'en allait...



(Strasbourg -Quai des Bateliers.)

A grandes enjambées, à petits pas,
Tout uniment ou bien cahin-caha,
L’esprit joyeux ou bien mélancolique,
Le cœur lourd ou léger, à l’identique,
Il s’en allait, mendiant, prince à défaut,
Libre en tous cas, chantonnant à mi-mots.
L’or d’une chevalière au doigt, baroque,
Mais sur le dos un vieux manteau en loques,
Une canne au pommeau d’argent niellé
Et des trous à chacun de ses souliers,
Il s’en allait, comme s’en vont sans âge,
Sans but, le vent, l’averse et le nuage ;
Il s’en allait comme s’en va le temps
Et puis l’Histoire et les évènements,
Comme la strophe avec la mélodie,
Comme s’en va le monde avec la vie…

                               ***