mardi 29 octobre 2019

Autrefois (classique).




J’étais bien malheureux, j’écrivis des sonnets !
Chaque fois, chaque fois, ma plume s’étonnait
Que sans difficulté les rimes soudain naissent,
Exaltent ma pensée et se suivent sans cesse.

Faut-il donc que la vie en mille points nous blesse
Pour que nous arrivions à rimer sans faiblesse ?
J’étais bien malheureux et je m’abandonnais
Au plaisir de l’écrire et je m’en étonnais.

Lorsque je les relis aujourd’hui, que vous dire ?
Je crois qu’il est des deuils qu’on ne doit pas décrire :
Certains sont trop profonds et d’autres sont trop niais.

Mieux vaut pour se calmer trouver un autre biais
Que d’ainsi rappeler en vos quatorze lignes
Ce qui n’est pas curable ou ce qui n’est pas digne.

                               ***        

lundi 28 octobre 2019

Le pêcheur et lephilosophe.




Un matin de bruine automnale
Je vis un pêcheur sur un quai,
Il faisait gris, il faisait frais
Et la rencontre était banale.

Je regardais du haut du pont
Couler la rivière boueuse
Avec l’attention sourcilleuse
D’un philosophe vagabond.

Le pêcheur surveillait sa ligne,
Le philosophe avec raison
Cherchait une comparaison
Qui d’un aphorisme soit digne.

Mais le pêcheur n’avait pas plus
De succès que le philosophe:
En fait de prise ou d’apostrophe
Ce qu’il cherchait, aucun ne l’eut.

Moralité :

L’eau qui coule dessous les ponts
N’est guère plus riche en poissons
Qu’en bons poèmes de saison.

                               ***        

dimanche 27 octobre 2019

Estompe.




Un paysage disparaît
Et dans mon souvenir les traits
D’un visage s’estompent.
Ce n’est pas la mémoire, non,
C’est la vie qui nous trompe ;
Je cherche en vain son nom,
L’époque ou l’âge,
Je ne retrouve plus la page.
Et pourtant cela fut,
Et c’était en pleine lumière,
Je le sais bien, je l’ai vécu
Et pourtant rien,
Plus rien,
Lorsque je regarde en arrière,
Le flou, la brume et le brouillard ;
Il serait donc si tard ?

                               ***