mercredi 8 mai 2019

Un regard au printemps.




Au printemps qui tourne les têtes
Les amants se couchent très tard
Et bien des nuits sont jours de fête,
Au printemps qui tourne les têtes.

Chacun son espoir et sa quête,
Moi je ne cherche qu’un regard ;
Au printemps qui tourne les têtes
Les amants se couchent très tard.

Un regard, cela semble bête,
C’est pourtant la meilleure part
Car je souris du mot « conquête »
Au printemps qui tourne les têtes.

Poursuive qui veut jusqu’au faîte,
Il ne connaît rien à son art ;
Au printemps qui tourne les têtes
Les amants se couchent très tard.

                               ***

lundi 6 mai 2019

Chanson cavalière.



(Fortifications de l'ancien port de Brouage - Charentes Maritimes.)
   
Il pleut, il pleut sur la frontière,
Venez y chanter ma chanson,
Il en est peu, il n’en est guère
Qui fasse aussi peu de façons !

C’est un refrain de vivandière[1],
De lansquenets ou d’estradiots[2],
De soudards et de mercenaires
Et de tous les humeurs de piot[3].

Dans cette campagne étrangère,
Il pleut, il pleut sur nos gabions[4],
Il pleut sur la ville et la guerre,
Il pleut sur l’âme[5] des canons.

Il pleut aussi sur les cornettes[6]
Des braves cavaliers du roi,
Sur leurs officiers qui s’embêtent,
Sur les soldats tremblants de froid.

Venez, venez chanter la Belle,
Vous qui passez sur le chemin,
Venez chanter la ritournelle[7]
De ceux qui vont mourir demain.

C’est une chanson sans manières
Qu’on n’entend pas dans les palais,
Une chanson des fondrières[8]
Dont nos peines font les couplets.

Il pleut, il pleut sur la frontière
Où l’on s’adonne à la boisson,
Aux dés plus souvent qu’aux prières
Et moi j’y fis cette chanson.

                               ***       


[1] Vivandière : n.f., synonyme de « cantinière », femme accompagnant les troupes en campagne pour leur vendre notamment vivres et boissons
[2]Estradiot : n.m. Les estradiots sont des mercenaires albanais employés comme cavalerie légère par la république de Venise au XVIe siècle.
[3] Piot : n.m.,  synonyme :le vin, « humer le piot » c’est boire excessivement.
[4] Gabion : n.m., un gabion est une protection constituée d’un panier de grande taille rempli de sable ou de terre. On disposait plusieurs de ces dispositifs pour protéger, par exemple, des postes de guet ou des canons.
[5] L’âme d’un canon est la partie creuse de son tube, l’expression est employée ici pour désigner le canon lui-même.
[6] Cornette : ici, n.f. désignant un drapeau de forme carrée arboré par une compagnie de cavalerie dans les armées de l’Ancien Régime.
[7] Ritournelle : n.f., ce terme désigne en général une chanson répétitive et monotone.
[8] Fondrière : n.f. désigne les trous emplis de boue ou d’eau de pluie que l’on pouvait trouver sur les routes non pavées autrefois.
  

Le mécontent - 1830.



(Meung-sur-Loire: église St-Liphard.)

Après le plaisir des semailles
J’allais à la moisson serein,
Je n’ai récolté que la paille
D’autres ont profité du grain.

Au cycle des quatre saisons
C’est encor l’hiver qui m’emmène ;
Si j’en connaissais la raison
L’action remplacerait la peine !



(Meung-sur-Loire: église St-Liphard.)

Le temps de compter jusqu’à trois
Je vous inventerais la fête,
On ne parlerait plus de moi,
Comme en fait, en hochant la tête.

En vieillissant, c’est ma folie :
J’attends ; j’attends peut-être en vain,
Avec tant d’autres qu’on oublie,
Que vienne l’heure du regain.

                               ***        

Nocturne hivernal.





La nuit s’installe sur la ville
Où je promène encor mes pas
Rêvant à des choses futiles
Que ma rime ne retient pas.

Que ce soit branches ou brindilles,
L’Hiver a souligné de blanc
Les arbres qui doucement brillent
Le long des quais environnants.

Amour, dont les regards scintillent
Au panthéon d’un autre temps,
Entre vous et moi que de grilles,
Et que de verrous cliquetants !

Comme mes main sont malhabiles
Dans le froid où j’écris cela ;
Combien les mots sont inutiles
Au promeneur que je suis là.

                               ***