lundi 3 décembre 2018

Le coucher.




Minuit s’avance à reculons
Pour ne pas voir la proche aurore,
Venez ici, mon édredon !
Minuit s’avance à reculons.

A dormir serais-je trop long ?
A cette heure j’écris encore ;
Minuit s’avance à reculons
Pour ne pas voir la proche aurore.

Mon oreiller, venez, allons !
Alors que la nuit va se clore,
Bouder, vous avez de l’aplomb !
C’est un retard que je déplore ;
Minuit s’avance à reculons.

Pendards, assez de métaphores,
Je rêve d’un sommeil de plomb :
Minuit s’avance à reculons
Pour ne pas voir la proche aurore.

                               ***

dimanche 2 décembre 2018

Rappel.




Je me souviens qu’il était autrefois
Sur la colline un petit bois,
Quand le printemps revenait sur la terre
Il jaunissait de primevères.
Nous allions y cueillir de gros bouquets
Mais c’était hier et, tu le sais,
Les prés ont disparu de la colline,
Les fleurs aussi, tu le devines.
Si je te parle aujourd’hui de cela
C’est afin que tu n’oublies pas
Que rien, jamais, ne persiste et demeure,
Même les lieux un beau jour meurent…

Sachant ainsi que tout finit trop tôt,
Profitons-en : memor esto[1] !

                               ***


[1] Memo resto : citation latine, « qu’il t’en souvienne », « souviens-t ’en »

Feuilles d'automne.




Je vois accourir les nuages
Sur l’horizon des temps prochains ;
J’entends monter depuis demain
Comme une rumeur d’un autre âge.

Du haut de la plus haute tour
N'a-t-on pas la meilleure vue ?
Il est des cécités voulues
Et beaucoup d’aveugles de cour…

Ce mois voit la fin de l’automne
Dont les ors jonchent le pavé
Si ces feuilles, au vent levé,
Volent partout, qui s’en étonne ?

L’hiver est un seigneur hautain
Qui se moque des feuilles mortes,
Elles doivent, devant sa porte,
Pourrir car tel est leur destin.

Lui qui se promène en carrosse
Ignore la boue des chemins,
Qu’on peut fort bien mourir de faim
Et qu’il est des printemps précoces…

                               ***