samedi 15 septembre 2018

Transition.





J’ai trouvé les vers de ce jour
Au fond d’un parc dont les feuillages
Me disaient que l’Automne accourt
Et que l’Eté tourne la page.

Douceur du temps où irez-vous
Porter la lumière de l’aube ?
Je crains que les brouillards ne daubent[1]
Déjà vos charmes en jaloux.

Au ciel bleu la cime des arbres
Offre des joyaux merveilleux
Aussi brillants, aussi précieux
Que le porphyre ou que le marbre

Mais le jour a plus de lenteur
Et l’on comprend qu’il se résigne
Et le feu des midis se meurt
Aux pignons que rougit la vigne.

Dans la profusion des couleurs
Se glisse la mélancolie
De ce qu’on quitte à contre-cœur :
La quintessence de la vie,
De la nonchalance à l’ardeur.


                               ***       


[1] Dauber : v. transitif, se moquer de.


   

Les mots du temps.




Au plus profond des nuits obscures
Je chante avec les mots du temps
Le poème qui n’en a cure,
Au plus profond des nuits obscures.

La rime est ma seule mesure,
La source où boire mon content ;
Au plus profond des nuits obscures
Je chante avec les mots du temps.

                        ***      

Poèmes et pavés.




Combien ai-je usé de souliers
Sur tous les trottoirs de la ville
Traînant ici ou là les pieds
En méditations inutiles,

Jour après jour, mois après mois
Et semelles après semelles
Dans l’indifférence ou l’émoi
Que me causait quelque nouvelle ?

Souvent ainsi j’ai ramassé
Entre les pavés une rime
Où tous étaient déjà passés
Sans lui montrer la moindre estime.

Combien d’entre elles dans le temps
Sur ma page ont fini poèmes
Qui sans cet apport important
N’eussent jamais été les mêmes ?

                        ***