samedi 15 septembre 2018

Poèmes et pavés.




Combien ai-je usé de souliers
Sur tous les trottoirs de la ville
Traînant ici ou là les pieds
En méditations inutiles,

Jour après jour, mois après mois
Et semelles après semelles
Dans l’indifférence ou l’émoi
Que me causait quelque nouvelle ?

Souvent ainsi j’ai ramassé
Entre les pavés une rime
Où tous étaient déjà passés
Sans lui montrer la moindre estime.

Combien d’entre elles dans le temps
Sur ma page ont fini poèmes
Qui sans cet apport important
N’eussent jamais été les mêmes ?

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mardi 11 septembre 2018

Le val d'Elsa.




Le noir imperturbable des cyprès
Regarde, indifférent, jaunir la vigne
Et le brouillard ajouter ses attraits
Iridescents à des aubes insignes.
Tours et remparts, guelfes ou gibelins[1],
A ce moment paraissent moins sévères,
Aux alentours on laboure en voisins
Et la vendange est un temps sans colère.
L’automne est là qui n’est d’aucun parti
Et moi non plus : je m’avance et je passe,
Pèlerin si l’on veut, gagne-petit,
Que les gens querelleurs de ce temps lassent.
La paix du val d’Elsa[2], sur l’horizon
Où ce matin les collines bleuissent,
Inscrit son rêve un peu hors de saison
Que si souvent ses lendemains trahissent.

                               ***


[1] En Italie, au moyen-âge s’oppose d’un côté les partisans de l’empereur germanique, les « gibelins » dont le nom dérive du nom d’une possession de la famille des empereurs Hohenstaufen : le château de Waiblingen en Souabe et de l’autre côté les partisans du pape, les guelfes dont le nom provient du nom d’une autre famille noble germanique, candidate malheureuse à l’empire et qui prit donc parti pour le Saint-Siège : les Welf originaire de Bavière.
[2] L’Elsa est un affluent de l’Arno en Toscane.

Un village.




I.

Un son de cloche un peu fêlée
Que la nuit répète dix fois
Par-dessus la rue esseulée
Puis le silence, à nouveau roi,
Des pavés au faîte des toits.
D’ombre en ombre jusqu’à la lie
C’est l’immense paix d’autrefois
Dans un village en Italie.

II.

Un cyprès s’adosse à l’église,
La lune dans les oliviers
En résille d’argent s’irise ;
Un cyprès s’adosse à l’église.
Au jardin dort la rose grise
Que l’oubli s’en vient habiller
Enfin d’humilité soumise
Dont s’étonne un peu l’olivier.

III.

Douceur et parfum de résine,
L’heure a poursuivi son chemin,
Les pins courbent un peu l’échine
Comme ferait un capucin
Absorbé par la liturgie
Dans un village en Italie.

IV.

Onze a passé, douze déjà suivait
Sur le cadran de ce clocher muet ;
Tout dort, campagne et maisons réunies,
Les acacias, les pins et les cyprès,
Onze a passé, douze déjà suivait,
La nuit sereine à rêver vous convie,
Dans un village en Italie.

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