dimanche 20 mai 2018

Rengaine.




La vie, un jour de lassitude,
Bruissait aux feuillages nouveaux
Sa complainte d’incertitude
Et le printemps n’était pas chaud.

Rengaine, que le vent t’emporte
Bégayer au fil du ruisseau
Ou bien mendier de porte en porte
L’intérêt de quelque puceau.

Depuis que ce monde est le monde
C’est toujours le même refrain
Qui rit d’une fausse faconde
Et se répète avec entrain.

Les bois le repassent aux rues,
Le pavé le susurre aux toits,
On ne sait où le fleuve en crue
Va le porter – peut-être à toi ? -.

Toi qui, comme à ton habitude,
Le prendra pour argent comptant,
Sans noter sa décrépitude
Et t’en déclarera content.

                               *** 
      

jeudi 17 mai 2018

Inquiétant.




Le glissement furtif des heures
A quelque chose d’inquiétant
Dans la nuit des vieilles demeures
Où l’éternité vaut l’instant.

Comme un doute qui vous effleure,
Comme un reproche qu’on entend,
A peine une plainte mineure
Et quelque chose d’inquiétant.

Mais peut-être n’est-ce qu’un leurre,
Un écho vague et déroutant…
Négligeable… Et pourtant, pourtant,
De loin en loin quand il affleure,
Le glissement furtif des heures
A quelque chose d’inquiétant.

                               ***

L'acrobate.




C’était l’après-midi, le soleil s’attardait
Au porche simple et clair d’une église romane,
L’or caressait la pierre et l’ombre était diaphane ;
Je ne voyais pas où son regard se perdait,

Mais il semblait heureux. Le printemps neuf dardait
Ses rayons au travers des feuillages profanes
D’une allée étêtée à deux rangs de platanes,
Et l’homme souriait à ce qu’il regardait.

Au plus profond du chœur un éclat immobile
Habitait, silencieux, la pénombre tranquille…
Ce visiteur venait pour célébrer un choix :

L’ancien et le nouveau, deux hommes qui se battent
En haut d’un chapiteau qui me concerne moi,
Mais beaucoup moins que l’autre où danse un acrobate.

                               ***