lundi 11 juin 2018

Venise en noir et blanc.




Venise, encor ; dix-heures du matin,
Ombres en gloire et contre-jours hautains :
Venise en noir et blanc, réminiscences
A pans coupés aux bords d’évanescence;
Dans ce récit qu’en font de vieux clichés
Je sens que l’oubli vaut le rabâché.
Venise encore et tout ce qui nous lie
Au subreptice, au hasard de la vie,
Reflets étincelants au bord de l’eau,
Pénombre, après, des sottoportego[1],
La foule et nous, des mondes étrangers,
Vieux souvenirs qu’on ne peut partager.
Un matin clair, une ville de marbre,
Le vent de mer et tellement peu d’arbres ;
Que reste-t-il – ai-je dit aux amants –
Sur ces photos ? Venise en noir et blanc.

                               ***       


[1] Sottoportego : passage d’une voie publique sous les maisons.

dimanche 10 juin 2018

Mirabeau au Fort de Joux.




Ses dettes, ses amours l’amenèrent à Joux,
Elle était jeune et belle au bras d’un vieil époux,
Ce fut avec des mots qu’il en fit la conquête,
Car chacun le sait bien, le tribun Mirabeau,
Pour séduisant qu’il fut, ne passait pas pour beau.
Le souvenir me plaît et je le garde en tête
Pour me réconforter lorsque je suis inquiet
Ou que quelque miroir me donne du regret.

                               ***

Le crépuscule indécis.




Bleu-gris le crépuscule hésite
Entre orage et sérénité ;
Dans ces ombres qu’on voit monter
N’est-ce que le jour qui nous quitte ?

L’ombre attire le souvenir
Et comme ces deux-là bavardent !
Un reste de douceur s’attarde
Aux jours qu’on ne peut retenir.

C’est une heure un peu nostalgique…
Le ciel ne se décide pas :
Furieux ici ? calme là-bas ?
Que nos amours sont pathétiques

Qui ressemblent tant à ce soir
Indécis et crépusculaire,
A qui j’offre, protocolaires,
Ces vers en guise de miroir.

                               ***