jeudi 18 décembre 2025

Pour un sourire.


 

Souriez-moi de ce même sourire

Que je vous connaissais dans les bons jours

Et quelquefois - car il en fut - les pires ;

Souriez-moi comme sourit l’amour.

Comme il me souriait à cette époque

Et puis - pourquoi ? - de moins en moins souvent.

Souriez-moi, le reste je m’en moque ;

Un sourire, un, comme tous ceux d’avant,

Qui chasserait toute cette fatigue

Et le chagrin qui se lit dans vos yeux.

Vous érigez entre nous cette digue

D’un silence accablant comme un adieu.

Vous désirez que rien ne le retarde

Et maintenant un sourire est de trop,

Je le vois bien lorsque je vous regarde

Et il ne sert à rien que j’écrive ces mots.

 


 

mercredi 17 décembre 2025

Le pèlerin


 

Celui qui s’est fait pèlerin,

Il chemine bourdon en main,

Sa route va de croix en croix

Et la neige éprouve sa foi.

 

Besace, chapel et galoches,

Et voici que Noël approche,

« Que fais-tu, vieillard, sur la route

A l’heure que chacun redoute ?

 

Tu marches les pieds dans la boue,

Une barbe de givre aux joues,

Vieillard, là-bas, vois-tu la ville ?

Hâte-toi d’y chercher asile,

 

Le gel s’en va brûler la nuit

Où sans abri l’on meurt sans bruit ! »

Lente, toujours du même pas,

L’ombre passe et n’écoute pas.

 

La faute était-elle si grave

Qu’il faille l’expier ainsi ?

Ou serait-ce l’orgueil qui brave

Le ciel comme la terre ici ?...

 

mardi 16 décembre 2025

Ce vieux monde.


 

Je parle en un temps incertain

De ce dont je me remémore.

Ce sont des brasiers mal éteints

Aux aventures qu’on déplore,

C’est l’acier appelant l’acier,

La terre rêvant de l’orage.

Ce sont tous ces jours sacrifiés

Sur l’autel des dieux de passage,

Ce sont tous ces noms effacés

A l’ombre des bois de justice

Mais dont il n’est jamais assez.

Ce sont ces amants au supplice

D’avoir été pour n’être plus

Et ces enfants de l’innocence

Toujours et bien trop tôt perdus,

L’oubli sans doute et l’ignorance

Et c’est ce vieux monde perclus.